Croyances des Témoins de Jéhovah

Une tradition chrétienne non trinitaire

  Le christianisme des antitrinitaires peut s’analyser sociologiquement comme un  protestantisme évangélique. La religion jéhovéenne, pour employer un néologisme, est en effet authentiquement protestante et issue, particulièrement en ce qui concerne les Témoins de Jéhovah et les mouvements apparentés, du bouillonnement du Réveil évangélique du XIXe siècle.

 

  Elle puise ses racines dans la tradition chrétienne antitrinitaire du quatrième siècle affirmant, dans la continuité judéo-chrétienne du premier siècle, un Dieu unique, clairement identifié et nommé, puis dans la Réforme au XVe-XVIe siècles avec Huldrych Zwingli et les anabaptistes, la constitution du mouvement baptiste au XVIIe, dans le « Réveil », l’anglicano-protestantisme, les presbytériens et les congrégationalistes, et dans le bouillonnement du « Grand réveil américain » au XVIIIe, enfin dans la cristallisation d’un corpus théologique chrétien antitrinitaire original élaboré par le pasteur Charles Russell et son groupe d’étude biblique de Pennsylvanie, groupe fondant progressivement une identité propre aboutissant à la formation d’un mouvement chrétien libre Les Etudiants de la Bible, revendiquant une identité unitarienne plus forte en prenant le nom de Témoins de Jéhovah en 1931.

 

  On peut ranger les Témoins de Jéhovah dans «  les autres Eglises chrétiennes nées de la Réforme et de l’Anglicanisme et s’étant développées dans le terreau des Etats-Unis d’Amérique suite aux persécutions religieuses en Europe. On peut citer, dans le courant protestant trinitaire (majoritaire) l’Eglise Adventiste du Septième jour, les Eglises évangéliques Baptistes ; dans le courant protestant antitrinitaire (très minoritaire) les Témoins de Jéhovah.»[1]

 

  On retrouve donc dans ce courant religieux les quatre grands principes historiques du protestantisme formant le socle de la réforme : Conversion, Biblicisme, Crucicentrisme, Activisme.

 



[1] Ph. Barbey, La laïcité : une ressource pour la médiation sociale ?, Bibliothèque de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Limoges, section des Sciences de l’Education, 1999, p. 31.

Un mouvement issu de la Réforme radicale

 « (…) Réalité incarnée, le protestantisme est dès le départ une réalité multiforme. »[1] « La mise en cause radicale de l’autorité ecclésiastique s’effectue au nom de trois folies spirituelles : « Dieu seul », « l’Ecriture seule », « la grâce seule ». Affirmations théologiques fondamentales de la Réforme, elles constituent en permanence dans l’histoire du protestantisme des éléments prédicatifs essentiels, créateurs de tensions avec les contraintes de la vie de chaque jour, de l’action historique, et rappels d’une « vocation particulière ». Chaque « seul » est en lui-même lourd de potentialités de ruptures : ruptures permanentes, ruptures nouvelles en fonction de l’environnement historique. »[2] 

 

  Pendant que Luther se débat avec les émissaires du pape et les autorités civiles en Allemagne, Huldrych Zwingli (1484-1531)[3], prêtre catholique, entame un mouvement de réforme à Zurich, en Suisse. Comme on parle allemand dans la région, les gens sont déjà touchés par les vents de réforme qui soufflent du nord. Vers 1519, Zwingli se met à prêcher contre les indulgences, le culte de Marie, le célibat des prêtres et d’autres doctrines de l’Église catholique. Bien que Zwingli se prétende indépendant de Luther, il partage ses idées dans de nombreux domaines et distribue ses écrits dans tout le pays. À l’opposé toutefois de Luther, plus conservateur, Zwingli prône l’abolition de tous les vestiges de l’Église catholique: des images, des crucifix, des vêtements sacerdotaux, et même de la musique liturgique.

 

  Les deux réformateurs sont cependant divisés par une controverse plus grave, qui porte sur l’Eucharistie ou messe (communion). Luther ne démord pas d’une interprétation littérale de ces paroles de Jésus: « Ceci est mon corps ».[4] Il croit que le corps et le sang du Christ sont miraculeusement présents dans le pain et le vin servis lors de la communion. Zwingli, en revanche, affirme dans son traité Sur le souper du Seigneur que la déclaration de Jésus doit être prise figurément ou métaphoriquement. Pour lui, « Ceci est mon corps » signifie ‘le pain représente mon corps’ ou ‘est une figure de mon corps’. Cette divergence entraîne les deux réformateurs sur des chemins différents.  « Zwingli met en relief la transcendance et la simplicité de l’idée qu’il se fait de Dieu. L’unité ou l’unicité de l’être (Wesen) divin le retient particulièrement. (…) Dieu est considéré comme la seule cause efficiente véritable ; le Christ lui-même dans son humanité n’est qu’instrument ou « organe » de la divinité »[5].

 

  Zwingli continue de prêcher ses doctrines réformées à Zurich, où il opère de nombreux changements. D’autres villes se rallient bientôt à lui, mais la plupart des habitants de la campagne, plus attachés à la tradition, se cramponnent au catholicisme. Le conflit entre les deux factions s’envenime à tel point qu’une guerre civile éclate entre Suisses protestants et catholiques. Zwingli, qui sert dans l’armée comme aumônier, est tué à la bataille de Kappel, près du lac de Zug, en 1531. Quand la paix est rétablie, chaque canton se voit octroyer le droit de choisir sa religion, protestante ou catholique.

 

 

La contestation de la chrétienté

 

Certains protestants trouvent toutefois que les réformateurs n’ont pas suffisamment rejeté les défauts de l’Église catholique papiste. À leur sens, l’Église chrétienne ne doit se composer que de pratiquants fidèles qui se font baptiser, et non de tous les membres d’une communauté ou d’une nation. C’est pourquoi ils rejettent le baptême des nouveau-nés et exigent la séparation de l’Église et de l’État.

 

  C’est à Zurich, en Suisse, que les anabaptistes commencent à prendre de l’importance, vers 1525. À partir de cette ville, leurs croyances se répandent rapidement dans beaucoup de régions d’Europe[6].

 

  La Réforme, particulièrement avec Zwingli, avait bien apporté quelques changements au début du XVIe siècle, mais aux yeux des anabaptistes elle n’était pas allée assez loin. « Zwingli, fort attaché à l’Ecriture – il fonde une école d’exégètes, la Prophezei et participe activement à l’édition de la Bible de Zurich (1529) en parler alémanique -, insiste cependant sur l’action directe de l’Esprit-Saint dans l’irruption de la foi. Certains de ses partisans cherchent alors à  créer une communauté d’élus, indépendante du pouvoir civil, refusent de remplir les charges de la cité (serment, port d’armes), et rejettent le baptême des enfants. Au début de 1525 ces radicaux se baptisent mutuellement et forment la première Eglise indépendante de l’Etat des Temps modernes. C’est l’anabaptisme pacifique qui est persécuté (son chef, Manz, ayant « péché par l’eau », est noyé) et se réfugie dans les montagnes notamment du Jura bernois. En 1527 une assemblée d’anabaptistes se réunit près de Schaffhouse et élabore les Articles de Schleitheim. L’anabaptisme se caractérise notamment par la doctrine du « compagnonnage » : la relation du chrétien avec le Christ doit l’amener à cheminer quotidiennement avec Dieu et à transformer son mode de vie. Le pouvoir de décision appartient à la communauté dans son ensemble. Celle-ci est composée de croyants adultes, baptisés de leur plein gré après avoir professé leur foi. »[7]

 

  Dans leur volonté de revenir à l’enseignement chrétien du 1er siècle, ils rejettent de la doctrine catholique plus de choses que ne le font Luther et d’autres réformateurs. Par exemple, les anabaptistes soutiennent que seuls des adultes peuvent se vouer à Christ. De ce fait, parce qu’ils baptisent les adultes, même ceux qui ont déjà été baptisés à la naissance, on leur donne le nom d’ « anabaptistes » (ana, grec « de nouveau »), qui signifie « rebaptiseurs ». Jésus n’était-il pas lui-même un adulte quand il fut baptisé ?[8]

 

  Pour les anabaptistes, la véritable Église est une association de croyants. En tant que tels, ils se considèrent  comme une société de croyants au sein de la communauté dans son ensemble, et du moins au début, ils n’ont pas de ministres spécialement formés et salariés. Comme les disciples de Jésus qu’ils veulent prendre comme exemple, ils sont des prédicateurs itinérants qui parcourent villes et villages et parlent aux gens sur les places des marchés, dans les boutiques et dans les foyers. L’anabaptiste est personnellement responsable devant Dieu, libre de ses actes, et il doit démontrer sa foi par des œuvres, reconnaissant néanmoins que le salut ne procède pas des œuvres seulement. Si quelqu’un transgresse la foi, il peut être exclu de la congrégation. Par la suite, il n’est réintégré que sur la preuve d’un repentir véritable[9].

 

  Les anabaptistes savent bien qu’ils ne peuvent pas réformer le monde. L’Église a beau être l’alliée de l’État depuis l’empereur romain Constantin au IVe siècle de notre ère, ils pensent qu’il ne faut pas en déduire que l’État est devenu chrétien pour autant. Ils retiennent des paroles de Jésus, que le chrétien ne doit pas ‘être du monde’, même s’il lui en coûte d’être persécuté[10]. Lorsque les intérêts séculiers ne s’opposent pas à leur conscience chrétienne, les anabaptistes reconnaissent à l’État le droit d’exiger d’eux respect et obéissance. Mais l’anabaptiste refuse de se mêler de politique, d’occuper des fonctions officielles ou de magistrat et de prêter serment. Il rejette toute forme de violence et de contrainte, et ne prend aucune part à la guerre ou au service militaire[11].

 

  Généralement, les anabaptistes mènent une vie simple et rangée, guidée par des principes moraux élevés, et ne sont absolument pas esclaves des biens et des désirs matériels. En raison de l’amour qui les unit, ils fondent souvent des villages, à ceci près que la plupart d’entre eux n’acceptent pas le principe de la vie communautaire. Cependant, s’appuyant sur le fait que tout appartient à Dieu, ils sont toujours prêts à utiliser leurs possessions matérielles dans l’intérêt du pauvre[12]. Grâce à une étude minutieuse de la Bible, surtout du Nouveau Testament, certains anabaptistes rejettent la doctrine de la Trinité.

 

  Leur culte est très simple et accorde une place spéciale au Repas du Seigneur. Ils considèrent cet acte de commémoration comme un mémorial de la mort de Jésus, s’opposant par là aux vues traditionnelles catholiques, luthériennes et calvinistes. C’est pour eux, l’acte le plus solennel auquel un chrétien puisse participer, acte par lequel le croyant renouvelle son engagement à vouer sans réserve sa vie au service du Seigneur en vue du millénium.

 

  Ils prêchent leur interprétation de l’Evangile, insiste sur la nécessité de la conversion, attendent pacifiquement la parousie du Christ. Mais, du fait qu’ils refusent de porter les armes, de prêter serment ou d’assumer des fonctions publiques, ils sont considérés comme une menace pour la société, et sont persécutés tant par les catholiques que par les protestants. Les anabaptistes sont incompris. On voit en eux des perturbateurs de l’ordre établi.

 

  En Suisse, les autorités de Zurich, d’accord avec Zwingli, leur  reprochent particulièrement leur refus de baptiser les nouveau-nés. En 1527, elles ont la cruauté de noyer Felix Manz (1498 ? -1527), une figure de proue de l’anabaptisme, et persécutent si sauvagement ces gens qu’elles les  exterminent presque. Avec la disparition d’autant de piliers de l’anabaptisme originel, des extrémistes vont inévitablement se manifester.

 

  Cela est tragiquement manifeste en 1534, lorsque ces extrémistes, recourant à la force, s’emparent de la ville de Münster, en Westphalie. Ils veulent en faire une Nouvelle Jérusalem organisée en une communauté pratiquant la polygamie, mais leur mouvement est vite endigué avec une rare violence. L’année suivante, Münster est reprise dans un bain de sang et dans la torture. Cet incident n’est pas conforme au véritable enseignement des anabaptistes et  nuit beaucoup à leur réputation. Certains disciples tentent de se défaire du nom d’anabaptistes pour adopter celui de “baptistes”. Néanmoins, quel que soit leur choix, ils deviennent malgré tout les victimes de l’opposition, notamment de l’Inquisition catholique.

 

 

La constitution du mouvement Baptiste

 

  Avec le temps, des groupes d’anabaptistes émigrent, en quête de plus de liberté et de paix. On en rencontre en Amérique du Nord et du Sud, ainsi qu’en Europe. Beaucoup de mouvements sont  influencés par leurs enseignements fondamentaux, comme les quakers, les baptistes, les frères de Plymouth, les frères huttériens[13], les mennonites[14] 

 

  « Aux Pays-Bas espagnols la Réforme tente d’abord de pénétrer soit sous une forme luthérienne, soit par l’anabaptisme. Rebaptisé en 1536, un ancien prêtre, Menno Simons (1496-1561), structure les groupes anabaptistes de l’Europe du Nord malgré les persécutions qu’ils subissent de la part des catholiques et des autres protestants. Il les inspire par ses prédications nocturnes (aujourd’hui on appelle « mennonites » la plupart des anabaptistes).»[15]

 

  Ces petits groupes portent l’empreinte du mouvement anabaptiste. Leur désir de demeurer séparés du monde et de ses manières de vivre les conduit à adopter un habillement différent, ce à quoi les encourage leur vie communautaire souvent retirée. « Au sens strict, les anabaptistes sont les premiers baptistes. On peut en dire autant des antitrinitariens et des mennonites. Les baptistes à proprement parler représentent un croisement entre l’ecclésiologie congrégationaliste et la pratique baptismale mennonite, elle-même liée d’ailleurs à une ecclésiologie congrégationaliste mais plus radicale quant aux rapports de l’Eglise et du monde. »[16]

 

  Les Témoins de Jéhovah, bien que rejetant le communautarisme, revendiquent encore aujourd’hui un héritage anabaptiste : refus du baptême des nouveau-nés, pratique du baptême par immersion des adultes convertis, refus de l’engagement politique au nom de la neutralité chrétienne, pacifisme, refus de la violence, relation personnelle du croyant avec Dieu, développement de l’esprit fraternel au sein de la congrégation locale, prédication évangélique, pratique de l’excommunication envers le pécheur non-repentant, principes moraux élevés, secours pour les plus démunis, rejet de la Trinité, observance annuelle du Mémorial de la Pâque chrétienne, croyance dans la parousie et dans le Millénium du Christ.

 

  « Un protestantisme militant se forge [en Angleterre] dans les milieux qui ont fui les persécutions de Marie Tudor et se sont réfugiés à l’étranger, notamment à Genève. C’est le cas, entre autres, de l’Ecossais John Knox (1505-1572) (…). En Suisse Knox connaît Calvin et Bullinger, et, de retour dans son pays en 1559 (…) il prêche le calvinisme, enflammant, par sa prédication, le peuple des Basses-Terres. En 1560 le Parlement écossais abolit l’ « idolâtrie » et l’épiscopat, et adopte la Confession écossaise inspirée par l’Institution chrétienne. L’organisation ecclésiastique est presbytérienne. L’Angleterre voit donc, à sa frontière du Nord, se développer un protestantisme nettement plus radical que le sien. Cela est d’autant plus important que se développe au sein de l’Eglise d’Angleterre, dès le règne d’Elisabeth, un courant puritain qui souhaite une protestantisation plus poussée. Une non-conformité limitée se fait jour : dans certaines régions des pasteurs réussissent à conserver leur bénéfice sans mettre le surplis. Parfois même certains puritains radicaux forment leur propre congrégation indépendante. C’est le début du congrégationalisme – alors pourchassé – sous l’impulsion de Robert Browne (vers 1550-1633). »[17]

 

  A partir de 1586, John Smith étudie la théologie à Cambridge. « Il devient ministre de l’Eglise d’Angleterre, puis prédicateur puritain en 1602, il se laisse gagner aux idées de Robert Browne (1550-1636), le « père du congrégationalisme». »[18] Il se rapproche ensuite des mennonites et fait l’union avec eux en 1615 sur la base des Trente-huit articles.  Il est le fondateur de la première Assemblée du baptisme anglais. Les baptistes insistent fort sur la séparation des Eglises et de l’Etat, sur la liberté de croyances, sur l’esprit missionnaire du protestantisme ; ils jouent un grand rôle dans l’histoire de la tolérance religieuse surtout aux Etats-unis. Les Témoins de Jéhovah qui leur sont apparentés partagent ces mêmes convictions et ont apporté une contribution non négligeable à la liberté religieuse dans les combats juridiques de grande ampleur qu’ils ont menés et gagnés aux Etats-Unis et au Canada plus particulièrement dans les années 1940 et 1950. Ils ont en outre mis sur pied un important programme de missions à travers le monde.[19]

 

 

Le Réveil

 

« L’Angleterre constitue le  modèle d’un protestantisme qui, étant donné les conditions de sa naissance, ne modifie que partiellement le cadre ecclésiastique catholique. On peut cependant parler d’une dynamique protestante qui va rendre l’histoire culturelle et religieuse de l’Angleterre tout à fait différente de celle de la France, notamment avec tous les phénomènes de non-conformisme qui vont se développer à la frontière de l’anglicanisme. Trois caractéristiques principales vont marquer les changements religieux de l’Angleterre du XVIe siècle. 1) La façon dont la Réforme y est introduite. (…). 2) Les aller et retour religieux de la seconde moitié du XVIe siècle sous les règnes successifs des trois enfants d’Henri VIII. (…). 3) La création de l’anglicano-protestantisme que l’on peut sommairement définir comme une Eglise théologiquement protestante dans un cadre ecclésiastique resté proche du catholicisme.»[20]  

 

  Ainsi, John Knox, s’inspirant de Calvin, introduit le presbytérianisme en Ecosse en 1560. Les presbytériens optent pour un système ecclésial qui donne le pouvoir de gérer les congrégations de fidèles (paroisses) à un collège d’anciens (« presbytres ») élus. Ce collège est présidé par un pasteur. Les anciens sont eux-mêmes secondés par des diacres. Les paroisses obéissent aux décisions des assemblées consistoriales et régionales. Enfin, le synode national donne les grandes orientations et arbitrent les éventuels désaccords. En 1618-1619, le synode tenu à Dordrecht essaie de créer une juridiction presbytérienne internationale mais en vain. En 1852, le suffrage universel devient obligatoire dans les élections des consistoires.

 

  D’Ecosse, le presbytérianisme se répand aux Etats-Unis. En 1958, la plupart des Eglises presbytériennes se rassemblent au sein de l’Eglise presbytérienne unie des Etats-Unis d’Amérique. L’organisation ecclésiale des Témoins de Jéhovah s’inspire du système presbytérien. Dans chaque congrégation, les anciens rassemblés en collège sont secondés par des diacres. Des assemblées régionales et nationales sont organisées. Un consistoire national assure l’unité du culte. Un collège central, juridiction internationale, incarne l’unité mondiale. Cependant, à la différence du presbytérianisme qui instaure des élections démocratiques au suffrage universel des fidèles de l’assemblée locale, les anciens des congrégations des Témoins de Jéhovah sont nommés par cooptation sur la base des conditions requises par la Bible.[21]

 

« La révolution anglaise est aidée par un changement de conceptions sur l’eschatologie. Au XVIe siècle on voyait la fin du monde et le retour du Christ comme une rupture dans l’enchaînement des événements humains. Dans le XVIIe siècle anglais on insiste sur la période transitoire de mille ans (le millénium) où, en continuité avec l’histoire, la « vraie Eglise » triomphe progressivement. La victoire du puritanisme en Angleterre marque le début du millénium. C’est un changement considérable de mentalité. (…) L’histoire future dépend de l’action présente : on peut hâter le millénium, tels est le sens des sermons prêchés pendant la révolution. (…)Souvent les congrégations qui se forment sont composées de laïques, dont la plupart sont, bien sûr, analphabètes. Ils rédigent un pacte entre « régénérés » et élisent un pasteur auquel ils demandent d’être un modèle de vie et de piété et un éloquent prédicateur. (…) L’entraide fraternelle est forte : on se réunit autour du lit des malades, on demande à celui qui en a la capacité de prier Dieu pour sa guérison, etc. (…) Chaque congrégation exerce elle-même son propre gouvernement mais des relations chaleureuses, amicales existent entre les diverses congrégations. »[22]

 

  De la même manière, en 1882, Charles Russell fondateur du mouvement chrétien jéhovéen est élu pasteur par sa congrégation de Pittsburgh puis par 500 autres groupes aux États-Unis et en Grande-Bretagne. « La seconde révolution anglaise apporte ensemble le parlementarisme et une certaine tolérance religieuse. La Loi sur la tolérance (mai 1689), contrairement à la Déclaration d’indulgence de 1687, est votée par le parlement. Elle donne une liberté, partielle mais consistante, aux dissidents (les trois principales branches du non-conformisme anglais – presbytériens, congrégationalistes, baptistes – signent en commun en 1691 les Articles d’agrément, entente théologique précaire mais alliance plus durable pour la défense de leurs droits) ».[23]



[1]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF, 1987, p. 5.

[2]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF, 1987, p.7.

[3] J.V. Pollet, Zwingli Huldrych (1484-1531), L’Histoire du christianisme, Paris, Encyclopaedia Universalis et Albin Michel, 2000, pp.1077-1088 : « Zwingli est un personnage complexe et multidimensionnel. (…). Il fréquente l’université de Vienne puis de Bâle, devient bachelier ès arts en 1504 puis maître en 1506. Après un semestre de théologie, il est nommé prêtre de la cure de Glarus. Il suit les troupes suisses comme aumônier (Novare en 1513, Marignan en 1515). Il se plonge dans l’étude des scolastiques, des Pères puis du grec, copie en grec les épîtres de saint Paul. Il se rattache au cercle des humanistes de Bâle, fréquente Erasme, croit au pacifisme. En 1519, il devient curé de la cathédrale de Zurich. Il se met à lire les écrits de Luther. Et en 1522-1523, il se lance lui-même dans la Réforme : il entre en conflit avec l’abstinence, le célibat ecclésiastique, et propose soixante-sept thèses. Le Conseil lui donne toute liberté : Zwingli conteste la messe comme sacrifice réel, le culte des saints, l’utilisation des images pieuses. Les couvents sont supprimés et le chapitre cathédral est réorganisé. Si la ville se rallie bien, la campagne est plus lente. Un clivage se produit dans les rangs des partisans de Zwingli. L’élite intellectuelle préfère un christianisme indépendant du pouvoir institutionnel. Le mouvement anabaptiste apparaît et trouve ses racines dans les enseignements de Zwingli. Mais le Réformateur déclenche contre eux une terrible répression. »

[4]  SE, Matthieu 26, 26.

[5] J.V. Pollet, Zwingli Huldrych (1484-1531), L’Histoire du christianisme, Paris, Encyclopaedia Universalis et Albin Michel, 2000, p. 1083.

[6] J. Séguy, Anabaptisme, L’Histoire du christianisme, Paris, Encyclopaedia Universalis et Albin Michel, 2000, pp. 36-38.

[7]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF,  1987, p.24.

[8]  SE, Luc 3, 21-23. « Jésus avait environ trente ans  lorsqu’il commença son ministère. »

[9]  SE, 1 Corinthiens 5,11-13 ;  2 Corinthiens 12,21.

[10]  SE, Jean 17,15-16; 18, 36.

[11]  SE,  Marc 12, 17; Actes 5, 29; Romains 13,1-7; 2 ; Corinthiens 10,3-4. La note sur Romains 13, 4 dit : « Aux V. 1-4, l’apôtre [Paul] fait remarquer que Dieu a prévu le principe de gouvernements constitués, même dans un monde impie. Aucun souverain ne peut exercer son pouvoir sans la permission de Dieu (Dan. 4 : 17). Normalement, le chrétien doit se soumettre aux lois du pays ; toutefois, cela n’implique pas l’obéissance à des ordonnances immorales ou anti-chrétiennes, où son devoir est d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (…). »

[12]  SE, Actes 2, 42-45.

[13] Huttériens, Dictionnaire de l’Histoire du christianisme, Paris, Encyclopaedia Universalis et Albin Michel, 2000, pp. 504, 505. Du nom de leur organisateur qui vécut au XVIe siècle, Jakob Hutter. Ils fondent des villages communautaires en Angleterre, dans l’ouest du Canada, au Paraguay et, aux États-Unis, dans le Dakota du Sud.

[14] J. Séguy, Mennonites, L’Histoire du christianisme, Paris, Encyclopaedia Universalis et Albin Michel, 2000, pp.654-656. Leur nom provient de Menno Simons, un homme qui s’emploie à effacer le mauvais souvenir laissé aux Pays-Bas par l’affaire de Münster. Menno Simons meurt en 1561. On rencontre les mennonites en Europe et en Amérique du Nord, où vivent également les mennonites amish.

[15] J.  Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF,  1987, p. 42.

[16] J. Séguy, Baptisme, L’Histoire du christianisme, Paris, Encyclopaedia Universalis et Albin Michel, 2000, p. 82.

[17]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF, 1987, pp. 37, 38.

[18] B. Roussel, Smyth ou Smith John (1565 env.-1612), L’Histoire du christianisme, Paris, Encyclopaedia Universalis et Albin Michel, 2000, p. 988.

[19]  En 1943, Galaad - Ecole biblique Watchtower  pour la formation des missionnaires Témoins de Jéhovah est inaugurée. Il y a alors 129.070 militants Témoins de Jéhovah dans 54 pays. En 2000, ils sont passés à 6.035.564 dans 235 pays ou territoires. L’action missionnaire jéhovéenne est pour beaucoup dans cet accroissement remarquable du nombre des militants. Pour accélérer encore la formation de missionnaires, les Témoins de Jéhovah ouvrent des annexes de l’École de Galaad en dehors des États-Unis. Ainsi, les étudiants n’ont pas à apprendre l’anglais pour suivre les cours. En 1980-1981, l’École culturelle de Galaad au Mexique forme des étudiants d’expression espagnole qui sont ensuite envoyés en Amérique centrale et en Amérique du Sud. En 1981-1982, en 1984, puis de nouveau en 1992, des classes d’une annexe de l’École de Galaad sont également  formées en Allemagne. De là, les diplômés sont envoyés en Afrique, en Amérique du Sud, en Europe de l’Est et dans diverses îles. D’autres classes sont organisées en Inde en 1983. Les missionnaires Témoins de Jéhovah sont de jeunes hommes et de jeunes femmes volontaires qui quittent leur cadre de vie habituel et leurs proches pour promouvoir l’œuvre d’évangélisation jéhovéenne. Ils représentent un grand nombre de nationalités et sont venus de plus de 110 pays. La première classe internationale a été la sixième, en 1945-1946. De 1943 à 1960, l’École s’est tenue à South Lansing (New York). En 35 classes, 3.639 étudiants originaires de 95 pays sont diplômés. De 1961 à 1965, l’École est transférée à Brooklyn (New York). En 5 classes, 514 étudiants sont diplômés. Pour 4 de ces classes, les cours ont duré 10 mois; pour une, ils ont duré 8 mois. De 1965 à 1988, 45 classes, qui ont suivi chacune 20 semaines de cours, comptent 2.198 étudiants. De 1977 à 1980, quatorze classes sont instruites. De 1980-1981, l’École culturelle de Galaad du Mexique forme 3 classes qui suivent chacune un cours de 10 semaines, 72 diplômés d’expression espagnole sont ainsi préparés pour accomplir leur ministère en Amérique latine. Entre 1981 et 1992, l’Annexe de l’École de Galaad en Allemagne forme 4 classes, en tout 98 étudiants d’expression allemande originaires de différents pays d’Europe. En 1983, 70 étudiants, en 3 groupes, sont formés en Inde. En 1988, l’École se tient à Wallkill (État de New York). Des cours de 20 semaines préparant au service missionnaire y sont  donnés. En 2000, c’est au Centre d’enseignement de la Watchtower à Patterson (New York) que se trouve désormais cette Ecole de formation de missionnaires. Depuis 1953, Galaad, l’École biblique de la Watchtower, figure sur la liste des établissements d’enseignement agréés fournie aux consuls américains du monde entier et le 30 avril 1954, son nom a été inclus dans la publication « Établissements d’enseignement agréés par le ministère de la Justice ». Les responsables de l’Ecole ont demandé aux autorités américaines d’autoriser l’admission d’élèves étrangers en leur accordant un visa d’étudiant non immigrant. Cette demande a amené le ministère de l’Éducation des États-Unis à reconnaître que l’École de Galaad dispense une instruction comparable à celle des grandes écoles professionnelles et des établissements d’enseignement. Les Témoins de Jéhovah  Prédicateurs du Royaume de Dieu, WTPE, 1993,  pp. 521-546.

[20] J.  Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF,  1987, pp. 35-37.       

[21]  SE, 1 Timothée 3, 1 à 7 ; Tite 1, 5 à 9.

[22]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme,  Paris, PUF, 1987, pp. 50, 51.

[23] J.  Baubérot, Histoire du protestantisme,  Paris, PUF, 1987, p. 56.

 

 

Le "Grand Réveil" américain

 Le Réveil américain [1]

 

« La première implantation du culte protestant date de 1585 en Caroline du Nord mais elle ne dure que quelques mois. En 1607 des anglicans arrivent de Virginie et se mettent à coloniser les abords de la rivière James. (…) Mais c’est en 1620 que se produit la véritable fondation mythique de l’Amérique avec les Pères pèlerins du Mayflower [des puritains congrégationalistes].(…) Les puritains organisent leurs communautés sur un modèle congrégationaliste. (…) Le puritanisme inculque aussi l’esprit de résistance à ses membres en rupture de ban. Certains de ses adeptes préfèrent un second exil à la soumission. Roger William (1600-1684) (…) fonde le Rhode Island, berceau du baptisme américain (…), critique le constantinisme, rejette toute coercition religieuse. »[2] « En 1682, d’autre part, William Penn (1644-1718), disciple de Georges Fox (1624-1690), le fondateur des Quakers et qui avait adouci les doctrines de son maître (…) fonde la Pennsylvanie. Sa constitution garantit la liberté religieuse, favorisant l’immigration de dissidents divers, baptistes, frères moraves, mennonites, notamment. »[3]

 

  Mais, l’unité chrétienne est impossible. Beaucoup des grandes confessions éclatent en toutes sortes de groupes. Les baptistes en sont un exemple flagrant : ils sont foncièrement congrégationalistes. La congrégation locale est totalement souveraine et demeure complètement indépendante de toute juridiction extérieure. Pour ces mêmes raisons, ils militent pour la séparation des Eglises et de l’Etat. Ainsi, ils jouent un grand rôle dans la reconnaissance de la notion de tolérance religieuse. Ils relancent aussi l’esprit missionnaire protestant. « Mais le réveil, s’il facilite des regroupements entre protestants évangéliques d’Eglises différentes, renforce aussi la pluralité des dénominations. A partir des années 1820 se créent des communautés de « Frères ». Elles veulent retrouver un sacerdoce universel radical (refus du ministère ecclésiastique) et la simplicité de l’Eglise primitive [« darbystes », Armée du salut]. »[4]

 

  La religion baptiste aux Etats-Unis se fractionne entre les baptistes du Nord (Églises baptistes américaines), les baptistes du Sud (Convention baptiste du Sud) et des dizaines d’autres groupes baptistes apparus à la suite de schismes. Nombre de scissions sont la conséquence de désaccords portant sur des questions de doctrine ou de gouvernement de l’Église (presbytériens, épiscopaliens et congrégationalistes sont dans ce cas).

 

  « Au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle, le « deuxième Réveil » se propage sur la frontière. Baptistes et méthodistes collaborent (…). Jusqu’à la guerre de Sécession, le Réveil va périodiquement ressurgir, devenant une composante très importante de l’histoire américaine comme l’est, par ailleurs, la multiplicité des dénominations (…). Des Eglises proprement américaines surgissent. Les mormons s’éloignent du christianisme en se fondant sur une seconde révélation reçue de Joseph Smith (1830). L’adventisme naît d’un terreau baptiste : un fermier autodidacte William Miller prédit le retour du Christ pour 1843-1844. Quand la date annoncée est passée, certains de ses adeptes retournent à leurs Eglises d’origine, d’autres continuent à rester autonomes. »[5]

 

  En 1870, Charles Russell crée les Etudiants de la Bible à Pittsburgh, en Pennsylvanie. La démarche des Etudiants de la Bible s’inscrit dans celle de certains groupes des Provinces-Unies dans la deuxième moitié du XVIIe siècle et la Pennsylvanie ressemble un peu à ce pays quant à son contexte religieux : « En 1673 un colonel commandant à Utrecht l’armée de Louis XIV écrit à un correspondant que, dans ce pays étrange, un grand nombre de religions « ont une liberté entière de célébrer leurs mystères et de servir Dieu comme il leur plaît… Outre les Réformés il y a des catholiques romains, des luthériens, des brownistes, des indépendants, des arminiens, des anabaptistes, des trembleurs, des libertins, des juifs, et d’autres enfin que nous pouvons appeler des chercheurs, parce qu’ils cherchent une religion et n’en professent aucune de celles qui sont établies. »[6]

 

  Charles Russell fonde une Eglise proprement américaine, possédant un corpus théologique original influencé par le bouillonnement religieux du Réveil, et professant une identité chrétienne forte. De plus, il se réclame de la vieille tradition du christianisme antitrinitaire, proclamant un Dieu unique, clairement identifié et nommé, Jéhovah. Sur l’estrade, pour se présenter devant l’assistance, il porte toujours une redingote noire et une cravate blanche. Il commence toujours par s’incliner légèrement devant l’assistance. Il n’utilise toujours rien d’autre que la Bible, qu’il cite très souvent. Il s’exprime toujours avec son cœur et d’une manière très convaincante. Il s’agit là du comportement typique du fondateur d’un mouvement religieux spécifique issu du grand réveil américain.

 

  « Il existe plusieurs analogies, voire des influences réciproques entre le Réveil anglais et le « Grand Réveil » américain (Great Awakening). (…) Le Réveil se propage de la Nouvelle- Angleterre vers le sud. Comme en Grande-Bretagne, face aux pasteurs établis, des prédicateurs itinérants sans autre garantie que leur « nouvelle naissance » prêchent avec ferveur et autorité. Anglicans, congrégationalistes, presbytériens, baptistes, etc., se trouvent atteints par le Réveil qui relativise les distinctions ecclésiastiques et aussi sexuelles, raciales et sociales. (…) L’habit des « réveillés », noir ou bleu foncé, reprenant la sobriété puritaine, constitue un signe distinctif d’identification et une critique implicite de l’ordre moral. »[7] Plus tard, les Témoins de Jéhovah, s’ils abandonnent la tenue des « réveillés », publieront un magazine au titre évocateur quant à leur héritage religieux, « Réveillez-vous ! »[8].

 

  Très rapidement et toujours dans la trame des Eglises protestantes libres nées du Réveil, le mouvement se dote d’une structure légale de missions. Charles Russell, à l’évidence doué pour le commerce, est l’associé de son père qui tient un magasin de vêtements pour hommes. Ayant agrandi l’affaire, il finit par gérer lui-même plusieurs autres magasins. Son entreprise florissante sera le moyen de créer sa société biblique. D’abord, une association non déclarée appelée la Watch Tower Bible and Tract Society (Société biblique de Traités La Tour de Garde) est utilisée pendant plusieurs années avant d’être enregistré légalement[9]. Un tract publié en 1890, dans la série Old Theology (Cahiers de théologie ancienne), donne comme éditeur la Tower Bible and Tract Society (Société biblique de Traités La Tour). Lors de son enregistrement, la société biblique fondée par le pasteur Charles Russell devient The Zion’s Watch Tower Tract Society. Là encore, la méthode est typique. « En Europe des sociétés de missions sont créées à l’initiative de groupes protestants privés, la plupart du temps évangéliques, bénéficiant des subsides de mécènes enrichis par l’industrialisation. (…) En Amérique du Nord, les principales dénominations fondent chacune un « conseil de la mission. »[10] La Zion’s Watch Tower Tract Society (Société de Traités La Tour de Garde de Sion), formée en 1881, est enregistrée légalement le 15 décembre 1884 dans l’État de Pennsylvanie. En 1896, son nom est changé en celui de Watch Tower Bible and Tract Society ( La Tour de Garde, Société de Bibles et de Traités). Depuis 1955, elle porte le nom Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania. Plus tard, en 1909, la Société biblique transfère ses bureaux principaux à Brooklyn (New York) et une autre association est créée, la Peoples Pulpit Association (Association de la Tribune du peuple). En 1939, son nom devient celui de Watchtower Bible and Tract Society, Inc. Depuis 1956, elle porte le nom Watchtower Bible and Tract Society of New York, Inc. Le conseil d’administration de la Société biblique de Pennsylvanie, vers le milieu des années 50, est constitué de Lyman Swingle, Thomas J. Sullivan, Grant Suiter, Hugo Riemer, Nathan Knorr (président à cette époque), Frederick Franz (le président suivant) et Milton Henschel (le président actuel). En outre, le 30 juin 1914, l’International Bible Students Association (Association internationale des Étudiants de la Bible) est enregistrée en Angleterre, à Londres, pour donner un statut international légal au caractère missionnaire évangélique de l’œuvre des Etudiants de la Bible. Depuis, dans de nombreux pays les Témoins de Jéhovah ont formé d’autres associations pour satisfaire aux exigences légales. Mais, du point de vue théologique et ecclésiologique, ils ne sont pas divisés en organisations nationales ou régionales.

 

  Les premiers Étudiants de la Bible utilisent différentes versions comme la version littérale de Young, la traduction de Leeser (hébreu et anglais), le New Testament de Tischendorf (avec les variantes des manuscrits grecs), la traduction de Murdock (du syriaque), The Emphatic Diaglott (du grec en anglais), la Bible variorum (avec différentes traductions en anglais), The Newberry Bible (avec notes marginales). Leur biblicisme va les amener à s’engager très tôt dans l’édition de Bibles : le New Testament de Rotherham en 1890, la version Holman à parallèles en 1902. Plus tard, paraîtront la King James Version (Bible du roi Jacques) en 1942 (éditée avec une concordance conçue spécialement),  l’American Standard Version en 1944 (traduction qui utilise le nom divin, Jéhovah, plus de 6.870 fois), et la traduction de Byington  en 1972. Les Témoins de Jéhovah se lanceront même dans une entreprise colossale : la traduction de la Bible, tâche qui leur prendra une vingtaine d’années. La Traduction du monde nouveau, parait d’abord en anglais en six volumes, de 1950 à 1960, puis reliée en un seul volume spécialement prévu pour l’étude de la Bible en 1961[11]. Une édition en gros caractères et à références pour l’étude est publiée en 1984 en anglais. Peu à peu, cette traduction est devenue disponible en davantage de langues, en très gros caractères pour les mal-voyants, en braille et sur cassettes pour les aveugles, et même sur disquettes informatiques.

 

  A la fin des années 1890, on commence à organiser de grandes assemblées en divers endroits. Souvent, Charles Russell y donne des discours. Le pasteur se situe bien là encore une fois dans l’héritage du Réveil américain. « Vers 1800 se produisit un second réveil américain (…) qui, s’étendant à la population fluide de la Frontière et aux habitants des grandes villes, inaugura la pratique du camp meeting, rassemblement de milliers de personnes en plein air pendant plusieurs jours. »[12] Les Témoins de Jéhovah poursuivent cette tradition des grandes assemblées. En France, en 1998, plus de 150.000 d’entre eux se rassemblent en assemblées d’été à Brest, Grenoble, Lens, Marseille, St Etienne et Villepinte[13]. 

 

  Le 26 mars 1899, le Mémorial de la mort du Christ (ainsi que les Etudiants de la Bible appelle la Pâque chrétienne) est célébré par au moins  2.500 participants en 339 réunions différentes. La Watch Tower Society commence à envoyer aux congrégations des représentants itinérants pour garder le contact avec elles et les édifier spirituellement dans le cadre pastoral.  Chaque groupe des Etudiants de la Bible accomplit son service plus ou moins indépendamment, tout en prenant modèle sur la première congrégation de Pittsburgh. Or, sur le plan de l’organisation, ces congrégations ne sont pas pour autant rattachées à celle de Pittsburgh. Il est vrai qu’elles suivent le même enseignement théologique dispensé dans les colonnes de La Tour de Garde. En cela, les Etudiants de la Bible possèdent bien une caractéristique supplémentaire des mouvements protestants libéraux nés du grand réveil américain.

 

  « Le Réveil se propage également en multipliant les brochures, et en inaugurant un nouveau mode d’expression : le magazine religieux. »[14] En juillet 1879, Charles Russell avait lancé la publication de la Zion’s Watch Tower and Herald of Christ’s Presence, aujourd’hui La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah[15]. Charles Russell en est le rédacteur en chef et l’éditeur, aidé de cinq personnes dont les noms figurent dans la liste des rédacteurs. Dans différents articles de La Tour de Garde, il affirme sa croyance en un Dieu unique clairement identifié et nommé, Jéhovah. Aujourd’hui, La Tour de garde, originellement publiée en une langue (l’anglais) et en 6.000 exemplaires, est publiée bimensuellement à 46 millions d’exemplaires en 139 langues[16]. Les articles sont toujours produits par un comité de rédaction. C’est bien La Tour de Garde qui fait le lien entre les différentes congrégations. C’est là un lien important, car ces membres proviennent de diverses organisations religieuses: ils avaient été catholiques, presbytériens, congrégationalistes, luthériens ou autres. Ainsi, l’étude de La Tour de Garde contribue grandement à créer l’unité, quoique, dans une large mesure, ces membres apportent avec eux les pensées et les procédés suivis par les diverses Églises.

 

  Cela a pour effet que les premières congrégations des Témoins de Jéhovah sont régies par une sorte d’administration ecclésiastique calquée sur le style presbytérien et congrégationaliste. On appelle ces congrégations des ecclésias, d’après le mot grec qui signifie congrégation. Chacune a à sa tête un collège de presbytres appelés anciens, tout comme dans l’Église presbytérienne. Ces anciens sont chaque fois élus d’une manière démocratique pour un an au maximum, comme dans l’Église congrégationaliste. Réunis en collège, ils désignent les divers orateurs, déterminent la matière à étudier, etc. Aujourd’hui encore, les Témoins de Jéhovah sont dirigés au plan mondial par une sorte d’ordre-curie (le collège central) et s’assemblent à travers le monde au sein de plus 91.000 congrégations dirigées par des collèges d’anciens et reliées entre elles au plan de l’enseignement biblique par l’étude hebdomadaire de la Tour de Garde[17]. 

 

  Les premiers collaborateurs de Charles Russell sont quasiment tous d’origine sociologique religieuse anglicano-protestante. Par exemple, George Young, né le 8 septembre 1886 en Colombie Britannique, dans l’ouest du Canada, est « le plus jeune fils de John et Margaret Young, des presbytériens écossais originaires d’Edimbourg »[18]. Dans sa biographie écrite par sa fille, il est expliqué que la famille Young fut attirée par les sermons de Charles Russell et principalement par le fait qu’ « il dénonçait (…) la doctrine de la Trinité, prouvant qu’elle avait une origine non chrétienne et qu’elle était sans fondement biblique. » En 2000, 20 % des fidèles Témoins de Jéhovah, soit 1 sur 5, sont toujours issus du tronc anglo-saxon protestant.[19]



[1] idem, pp. 86-88. « Le terme de Réveil provient de l’expression anglaise revival of religion, employée à partir du XVIIIe siècle. Les revivalistes cherchent à atteindre deux milieux différents : les chrétiens dont l’intensité de la vie spirituelle s’est affaiblie et les milieux plus ou moins déchristianisés, qui échappent à l’influence des organisations ecclésiastiques. (…) Au même moment, d’ailleurs, dans l’Amérique anglaise débute le « grand Réveil » (…) avec Jonathan Edwards (1703-1758). (…) Le Réveil ne cherche pas à se séparer des Eglises, il veut leur donner un souffle nouveau. »   

[2]  ibidem, pp.57-60.

[3]  ibid., p.60.

[4]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF, 1987, p. 93.

[5]  idem, pp. 97, 98.

[6]  ibidem, p. 45.

[7]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF, 1987, p. 90.

[8]  Réveillez-vous ! ,Vol.82, N°1, 8 janvier 2001, pp. 2, 4, 5 : « Réveillez-vous ! » est publié actuellement en 83 langues, tirage moyen 20.682.000 exemplaires par numéro,  éditions bimensuelles en afrikaans, allemand,  anglais, arabe, cebuano, chinois, chinois simplifié, coréen, croate, danois, espagnol, estonien, finnois, français, grec, hongrois, iloko, indonésien, italien, japonais, letton, lituanien, néerlandais, norvégien, polonais, portugais, roumain, russe, serbe, slovaque, slovène, suédois, swahili, tagalog, tchèque, ukrainien, zoulou ; éditions mensuelles en albanais, amharique, bulgare, cinghalais, chichewa, éwé, géorgien, hébreu, hiligayon, icibemba, igbo, macédonien, malayalam, malgache, maltais, népali, ourdou, papiamento, pidgin mélanésien, sepedi, sesotho, shona, tamoul, thaï, tsonga, tswana, turc, twi, xhosa, yoruba ; il existe aussi des éditions enregistrées sur cassettes audio (allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, italien, suédois, tchèque). « Le but de Réveillez-vous ! Réveillez-vous ! s’adresse à chaque membre de la famille. Il montre comment faire face aux problèmes de notre époque. Il informe, parle des usages propres à divers peuples et traite de sujets religieux et scientifiques. Mais il ne s’en tient pas là. Il va au fond des choses et dégage le sens réel des événements, tout en gardant sa neutralité politique et son impartialité raciale. Par-dessus tout, ce périodique donne de solides raisons de croire que le Créateur réalisera ses promesses en instaurant très bientôt un monde nouveau de paix et de sécurité qui remplacera l’actuel système de choses méchant et sans loi. »

[9]  Comme le montre La Tour de Garde du 15 juillet 1892.

[10]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF, 1987, p. 101.

[11] « La publication de cette traduction a été confiée à la Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania, avec la demande expresse que les noms des traducteurs ne soient jamais rendus publics. Tous voulaient que l’honneur en revienne à Jéhovah, l’Auteur de la Parole inspirée. Des traductions plus anciennes en hébreu, en allemand et en anglais ainsi que des traductions faites par des missionnaires avaient rétabli le nom divin dans les Écritures grecques chrétiennes. Lorsque est paru le premier volume des « Écritures hébraïques — Traduction du monde nouveau » (en anglais), Alexander Thomson, bibliste anglais, a écrit: « Dans la langue anglaise, les traductions originales des Écritures hébraïques sont extrêmement rares. Nous accueillons avec d’autant plus de plaisir la première partie de la Traduction du monde nouveau [des Écritures hébraïques], de la Genèse à Ruth. (...) Manifestement, on a fourni un effort particulier pour que cette version puisse se lire couramment. Nul ne saurait prétendre qu’elle n’est pas nouvelle par son originalité. Sa terminologie ne se fonde en rien sur les versions qui l’ont précédée. » — The Differentiator, juin 1954, p. 131. Thomas Winter, de l’université du Nebraska, a publié dans The Classical Journal un compte rendu sur The Kingdom Interlinear Translation of the Greek Scriptures (Les Écritures grecques — Traduction interlinéaire du Royaume), dans lequel il dit: « Ce n’est pas une interlinéaire ordinaire: l’intégrité du texte est préservée et l’anglais qui figure au-dessous ne donne que le sens fondamental du mot grec. Il ne s’agit donc pas du tout d’une traduction. Il est plus exact de dire que c’est une transcription mot à mot. Une traduction harmonieuse en anglais figure dans une colonne étroite, en marge et à droite de chaque page. (...) Le texte est basé sur celui de Brooke Westcott et de Fenton Hort (1881, réimp.), mais la traduction du comité anonyme est tout à fait à jour et harmonieusement exacte. » — Numéro d’avril-mai 1974, pp. 375, 376. À propos de la Traduction du monde nouveau, le professeur Benjamin Kedar, hébraïsant vivant en Israël, a déclaré en 1989: « Dans le cadre de mes recherches en rapport avec la Bible hébraïque et les traductions, je me suis souvent référé à l’édition anglaise connue sous le nom de Traduction du monde nouveau. Ce faisant, j’ai eu le sentiment, maintes fois confirmé, que cette œuvre reflète un effort sincère pour parvenir à une intelligence du texte aussi exacte que possible. Révélant une grande maîtrise de la langue de départ, elle traduit avec clarté les termes originaux dans la langue d’arrivée, sans s’écarter inutilement de la structure spécifique de l’hébreu. (...) Chaque expression linguistique permet une certaine latitude dans l’interprétation ou la traduction. C’est pourquoi, dans un cas donné, les options choisies peuvent être débattues. Cependant, je n’ai découvert dans la Traduction du monde nouveau aucune intention de faire dire au texte autre chose que ce qu’il contient. » »  Les Témoins de Jéhovah, prédicateurs du Royaume de Dieu, 1993, pp. 603-615. 

[12]  J.L. Klein, Réveils, L’Histoire du christianisme, Paris, Encyclopaedia Universalis et Albin Michel, 2000, pp. 934-935.

[13]  Annexes, document 2, page 1 ;  document 3, page 5.

[14]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF, 1987, p. 88.

[15]  « Le but de LA TOUR DE GARDE est d’exalter Jéhovah Dieu, le Souverain Seigneur de l’univers. Ce périodique suit la marche des événements mondiaux qui réalisent les prophéties de la bible. Il s’attache à consoler tous les peuples par cette bonne nouvelle : le Royaume de Dieu fera bientôt disparaître ceux qui oppriment leur prochain et transformera ensuite la terre en paradis. En outre, il encourage ses lecteurs à croire en Jésus Christ – le Roi régnant établi par Dieu -, celui qui, en versant son sang, a ouvert à l’humanité le chemin de la vie éternelle. Ce périodique, publié par les Témoins de Jéhovah, paraît depuis 1879. Il est politiquement neutre. Pour lui, seule la Bible fait autorité. »  La Tour de Garde, vol.122, n°1, 1er janvier 2001, p. 2.

[16]  LA TOUR DE GARDE annonce le Royaume de Jéhovah, tirage moyen 23.042.000 exemplaires par numéro, publié actuellement en 139 langues, éditions bimensuelles en afrikaans, albanais, allemand, amharique, anglais, arabe, arménien, arménien oriental, bengali, bichlamar, bicol, bulgare, cebuano, chichewa, chinois, chinois simplifié, cinghalais, coréen, croate, danois, efik, espagnol, estonien, éwé, fidjien, finnois, français, ga, géorgien, goun, grec, gujarati, hébreu, hiligayon, hindi, hiri motu, hongrois, icibemba, igbo, iloko, indonésien, italien, japonais, kannada, kinyarwanda, letton, lingala, lituanien, macédonien, malayalam, malgache, maltais, marathi, myama, néerlandais, népali, norvégien, ourdou, pangasinan, papiamento, pendjabi, pidgin mélanésien, pidgin salomonien, polonais, portugais, rarotongan, roumain, russe, samarleyte, samoan, sepedi, serbe, sesotho, shona, solizi, slovaque, slovène, sranan tongo, suédois, swahili, tagalog, tahitien, tamoul, tchèque, télougou, thaï, tigrinya, tongien, tshiluba, tsonga, tswana, turc, twi, ukrainien, venda, vietnamien, wallis, xhosa, yoruba, zoulou ; éditions mensuelles en azerbaïdjanais, cambodgien, chitonga, créole des Seychelles, gilbert, groenlandais, haoussa, islandais, isoko, kaonde, kazakh, kiluba, kirghiz, kirundi, kwanyama/ndonga, luganda, luvale, marshall, monokotuba, mooré, niue, ossète, otètèla, palau, persan, ponape, sango, tatar, tiv, truk, tumbuka, tuvalu, umbundu, yap, zande ; il existe aussi des éditions en braille pour les aveugles (anglais, coréen, japonais, portugais), des éditions en gros caractères pour les mal-voyants (allemand, anglais, cebuano, coréen, danois, espagnol, finnois, français, grec, hongrois, iloko, japonais, néerlandais, polonais, portugais, roumain, russe, slovaque, suédois, tagalog, tchèque, ukrainien) et enregistrées sur cassettes audio (allemand, anglais, coréen, danois, espagnol, finnois, français, italien, japonais, néerlandais, norvégien, suédois, tchèque). La Tour de Garde, Vol.122, N°1, 1er janvier 2001, p. 2.

[17]  En 2000, il y avait 91.487 congrégations de Témoins de Jéhovah à travers le monde ; Rapport mondial des Témoins de Jéhovah pour l’année de service 2000, La Tour de garde, 1er janvier 2001, Vol.122, N°1, pp. 18-21.

[18] La Tour de Garde, vol.121, n°13, 1er juillet 2000, p. 22-27.

[19] Angleterre (215.620), Allemagne (276.633), Suisse (29.748), Etats-Unis (2.153.268), Canada (185.389), soit au total 2.860.658 fidèles sur 14.872.086 dans le monde en 2000 ; Rapport mondial des Témoins de Jéhovah pour l’année de service 2000, La Tour de garde, 1er janvier 2001, Vol.122, N°1, pp. 18-21.

 

 

Principales croyances des Témoins de Jéhovah

  Pour Emile Durkheim, « Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Eglise, tous ceux qui y adhèrent. »[1]

 

  Pour Max Weber, la religion est « une espèce particulière de façon d’agir en communauté » dont il s’agit d’étudier les conditions et les effets.[2]  Selon ces définitions sociologiques, les Témoins de Jéhovah constituent bien une religion.

 

  On retrouve dans les croyances des Témoins de Jéhovah les caractéristiques du protestantisme évangélique (biblicisme, présence centrale de Dieu, du Fils et du Saint Esprit, crucicentrisme) accompagnées des caractéristiques supplémentaires du christianisme antitrinitaire (unitarisme, adventisme, millénarisme, messianisme).

 

 

Principales croyances des Témoins de Jéhovah

justifiées par la Bible reconnue par eux comme

Parole infaillible de Dieu (Biblicisme)

        

TOB – 2 Timothée 3, 16-17 : « Toute Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour réfuter, pour redresser, pour éduquer dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit  accompli, équipé pour toutes œuvres bonnes. »

 

 

1. Le nom de Dieu est Jéhovah (Unitarisme), le saint esprit est    l’énergie qui émane de Lui 

 

         AC - Psaume 83, 19 : « Qu’ils sachent que ton nom, que toi seul, Jéhovah, Tu es le Très-Haut sur toute la terre ! »

   TOB – Actes 2, 17-18 : « Alors, dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair (…) oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes en ces jours-là je répandrai de mon Esprit et ils seront prophètes. »

         AC – Actes de Apôtres 15, 14 : « Simon [l’apôtre Pierre] a raconté comment Dieu tout d’abord a pris soin de tirer du milieu des Gentils [des non-juifs] un peuple qui portât son nom. » 

           

                                           

2. Jésus-Christ est le fils de Dieu, il a donné sa vie en rançon pour le rachat des humains (Crucicentrisme) 

 

         TOB - Matthieu 3, 17 : «Et voici qu’une voix venant des cieux disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. »

         TOB – Matthieu 20, 28 : « C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

 

3. Le royaume millénaire (Millénarisme) du Messie (Messianisme), Jésus-Christ, fera bientôt (Adventisme) de la terre un paradis pour l’éternité.

       

         KU – Matthieu 6, 10 : « Que ton règne s’établisse et que ta volonté s’accomplisse sur la terre, comme elle s’accomplit au ciel. »

         KU – Apocalypse 21, 4 : « Il essuiera toute larme de leurs yeux. Il n’y aura plus ni mort, ni tristesse, ni souffrance. On n’entendra plus de plainte, ni de cri de douleur. Plus de peine, ni de dur labeur ! Car l’ancien monde a disparu et tout ce qui fut autrefois a passé pour toujours. »

         KU – Apocalypse 22, 20 : «(…) «  Oui, mon retour est proche ». Amen, cela est vrai. Oh, oui ! Viens Seigneur Jésus ! »

         KU – Apocalypse 20, 4 : « Ensuite, je vis des trônes. Ceux auxquels avaient été remis le droit de juger (le monde) s’y installèrent. (…) Ils vécurent une vie nouvelle et régnèrent, mille ans durant, avec le Christ. »  

 

 

4. Le salut est proposé à tous mais bénéficiera d’abord aux croyants qui trouvent dès à présent le bonheur dans les valeurs évangéliques, le salut sera aussi proposé aux morts puisqu’ils sont actuellement dans un état d’inconscience dont ils se réveilleront à la résurrection dans le paradis terrestre proche.

        

         TOB – Jean 17, 3 : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » 

         TOB – Matthieu 5, 9 : « Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu. »

         TOB – Jean 11, 13 : « En fait, Jésus avait voulu parler de la mort de Lazare, alors qu’ils se figuraient, eux, qu’il parlait de l’assoupissement du sommeil. »

         TOB – Jean 11, 25 : « Jésus lui dit : « Je suis la Résurrection et la Vie ; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. »

 

  Ce message théologique chrétien-jéhovéen, les Témoins de Jéhovah le prêchent avec beaucoup de dynamisme, dans le cadre d’un véritable militantisme évangélique. Leur action se double en outre d’un entreprenariat chrétien de plus en plus développé. C’est certainement ce qui les distingue des autres mouvements de la famille chrétienne antitrinitaire à laquelle ils appartiennent.



[1]  E. Durkheim, Formes élémentaires, in J. P. Willaime, Sociologie des religions, Paris, PUF, 1995, p. 16.

[2]  M. Weber, Economie et société, in J. P. Willaime, Sociologie des religions, Paris, PUF, 1995, p. 25.