Présentation du mouvement

 

  La diversité religieuse s’est installée de fait dans la société française : « De nombreux groupes religieux ont fait souche sur le territoire français à côté des Eglises établies. Certains ont connu une certaine expansion (les Témoins de Jéhovah ont doublé leurs effectifs en 20 ans).»[1]

 

Régis Dericquebourg dénonce le « phénomène de bouc émissaire » dont feraient l’objet certains groupements religieux minoritaires et particulièrement les Témoins de Jéhovah. Ceci dit, il rappelle que, lorsqu’il a étudié « La Société de la Tour de Garde entre 1973 et 1979, celle-ci m’apparaissait comme le type même de la secte au sens sociologique, c’est-à-dire non péjoratif. Elle se calquait sur le type troelschien de la secte que Bryan Wilson développe dans la définition de ce type de groupement. »

 

Cependant étant amené à reprendre le sujet plus récemment, Régis Dericquebourg arrive à la conclusion que « les Témoins de Jéhovah ont évolué sur plusieurs plans. Le rapport n’a pas tenu compte de cette évolution. » [2]

 

 Et de citer cinq domaines dans lesquels les Témoins de Jéhovah ont évolués :

 

1. au plan humanitaire,

2. au plan de l’insoumission à l’armée,

3. au plan des transfusions sanguines,

4. au plan de la discussion avec l’Etat,

5. au plan de la révision de la notion de radicalité.

 

  Conclusion de Régis Dericquebourg : « L’attitude des Témoins évolue. Ils font des « concessions » aux instances politiques et aux systèmes sociaux (…). Le niveau de recrutement s’élève. Assiste-t-on à une évolution vers une dénomination qui s’installe dans la société pour durer ? » [3]

 

  Et force est de constater qu'aujourd'hui la situation a beaucoup évolué quant aux regards portés sur les Témoins de Jéhovah en France.

 

  D'une part, les décisions des autorités judiciaires, tribunaux administratifs et Cour Européenne des Droits de l'Homme - CEDH particulièrement, ont fait définitivement évolué la jurisprudence sur ce qu'ils sont. Clairement, ils ne constituent pas une secte (au sens social) mais bien une religion chrétienne à part entière.

 

  D'autre part, les lobbies antisectes ont perdu leur combat d'arrière-garde. La MIVILUDES s'est définitivement déconsidérée en ce qui concerne ses avis depuis la sentence de condamnation de la France en 2011 face à ce mouvement chrétien par la CEDH. Les ADFI, UNADFI et autres groupuscules associatifs sont de plus en plus critiqués pour leur prises de position manifestement outrancières voire grotesques. 

 

  Les quelques  internautes qui essaiment sur la toile leurs points de vue partisans sont pour la plupart du temps des Témoins de Jéhovah dissidents qui veulent régler des comptes avec leurs anciens amis. Leur action résiduelle a quand même fait l'objet d'une thèse de Céline COUCHOURON-GURUNG en 2011 intitulée "Les Témoins de Jéhovah en France - Sociologie d'une controverse". On peut néanmoins valablement s'interroger sur la qualité de la source de ces travaux quand on sait que ces internautes ne peuvent se compter que sur les doigts d'une main et encore ce n'est pas sûr...

 

  Enfin, les Témoins de Jéhovah eux-mêmes continuent de travailler à leur insertion dans le paysage religieux français. Des cinq domaines ciblés par Régis Dericquebourg il y a plus de 15 ans, que reste-t-il ?

 

  Les Témoins de Jéhovah sont désormais bien connus pour l'action humanitaire qu'ils déploient tant en France, lors de catastrophes naturelles surtout de grandes inondations, que dans le monde. La question de l’insoumission à l’armée a disparu en France comme dans toutes les grandes démocraties avec le suppression du service militaire obligatoire ou la mise en place de services civils de remplacement pour les objecteurs de conscience.

 

  Sur la question de la notion de radicalité chez les Témoins de Jéhovah, il s'agit d'une approche de toutes façons subjective. Qu'est-ce qui est radical ? qu'est-ce qui ne l'est pas ? C'est en définitive une question de point de vue. Un Témoin de Jéhovah pratiquant considérera son mode de vie comme normal, un Témoin de Jéhovah non pratiquant devient relativiste, la plupart des gens qui ne les connaissent pas en dehors de quelques visites domiciliaires éparses, ne s'intéressent pas à leur mouvement, les lobbies antisectes de tous poils en font leur fond de commerce.

 

  L'Etat français ayant voulu éviter autant que possible la discussion avec les instances représentatives des Témoins de Jéhovah de France, la Fédération Chrétienne des Témoins de Jéhovah de France - FCTJF, afin de ne pas être taxé de manquement à la laïcité, Jean Baubérot dirait à la catholaïcité, c'est la Justice qui a dû trancher comme à chaque fois que des hommes politiques ne veulent pas prendre leurs responsabilités. Ils peuvent ensuite se retrancher derrière les decisions prises par les tribunaux français et européens, c'est plus facile pour ne pas perdre d'électeurs. Et la justice a définitivement statué : Les Témoins de Jéhovah constituent une religion en France, en Europe et dans le monde et leurs droits à pratiquer leur culte chrétien doivent être protégés. Dont acte.

 

   Il ne reste plus qu'une seule question des cinq points soulignés par Régis Dericquebourg en 1996, point sur lequel aucune entente définitive ne sera possible dans la mesure où il touche le contenu même du culte des Témoins de Jéhovah : le refus des transfusions sanguines. Mais même là, il y a beaucoup à dire (Voir la discussion à ce sujet sur ce site). Les Témoins de Jéhovah ont affiné leur point de vue. Ils acceptent des composants secondaires du sang. Ils entretiennent avec les médecins un dialogue constant tant au niveau personnel qu'au niveau institutionnel. Et la loi Kouchner renforce leurs droits de patient.

 

  C'est pourtant dans ce dernier créneau et parce que c'est le seul qui lui reste, que la MIVILUDES veut encore guerroyer contre les Témoins de Jéhovah. Le raisonnement de M. FENECH (ex-président de la MIVILUDES) bien qu'il soit magistrat,  est simpliste. Il veut accoler la notion de trouble à l'ordre public à celle du refus du traitement par transfusion sanguine surtout pour les enfants. On reconnaît là tout-de-suite que la MIVILUDES est avant tout une instance politique. Et les arguments politiques ne sont pas ceux de la sociologie qui est une des sciences sociales. Opinion et raison font rarement bon ménage. Qui parle de manipulation ?

 

  Dans « Pluralisme et minorités religieuses », il est rappelé les niveaux d’un premier bilan prospectif. Le second niveau consiste à « prendre les groupements religieux minoritaires comme analyseurs de la situation socio-religieuse de la France, et notamment du fonctionnement du pluralisme religieux. » [4].

 

  Ce site de recherches veut donc faire le point sur ce second niveau et utilise les Témoins de Jéhovah, groupe chrétien minoritaire proche du pôle protestant évangélique, contesté par une frange de plus en plus isolée de l'opinion française, comme analyseur sociologique.

 

 


[1] R. Dericquebourg, Les résistances aux groupes religieux minoritaires en France, in M. Introvigne et J.Gordon-Melton, (sous la direction de), Le débat sur le rapport de la commission parlementaire, Paris, Dervy, 1996, pp.74, 75.

[2] idem, pp. 255, 256.

[3] ibidem, p. 259.

[4] J. Baubérot, (sous la direction de), Pluralisme et minorités religieuses, Bibliothèque de l’EPHE, vol. CXVI, Louvain-Paris, 1991, pp. 153-159. 

 

 Référence universitaire pour citer cet article :

- Barbey Ph., Les Témoins de Jéhovah : Présentation du mouvement, Focus sociologique, consulté le [date], http://barbey.jimdo.com/pr%C3%A9sentation-du-mouvement/.

Société des Amis des Sciences Religieuses

Observatoire Européen des Religions et de la Laïcité


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