Organisation


 Le mode d’organisation ecclésiale des Témoins de Jéhovah et intimement liée à la question : comment les Témoins de Jéhovah conçoivent-ils la notion de l’autorité religieuse ? [1]

 

  Pour les Témoins de Jéhovah, le principe fondamental de l’autorité est énoncé dans un passage biblique : «  Le chef de tout homme, c’est le Christ ; et le chef de la femme, c’est l’homme ; et le chef du Christ, c’est Dieu. » [2]

  Selon leur compréhension, l’homme n’est ni indépendant ni dispensé de reconnaître l’existence d’un « chef » au-dessus de lui. Au contraire, il doit suivre les instructions et le modèle donnés par Christ, son chef, tant dans ses activités religieuses que dans sa vie privée. S’il est marié par exemple, il doit assigner de l’honneur à sa femme et faire des efforts sérieux pour éduquer convenablement ses enfants. Pour ces chrétiens qui acceptent toute la Bible comme parole de Dieu, comme l’homme Adam fut créé le premier, il reçut une préséance sur sa femme. Elle était l’os de ses os et la chair de sa chair selon le récit de la genèse.[3] Elle fut créée pour l’homme, et non l’homme pour elle.[4]

  Par conséquent, dans leur organisation familiale, les femmes admettent d’être subordonnées à leurs maris. En outre, dans le cadre de leur congrégation, elles n’acceptent pas d’enseigner du haut de la chaire.

 

  Il semble que ce principe d’autorité ne soit pas remis en question et soit même plutôt bien accepté. D’ailleurs, les Témoins de Jéhovah ne considèrent absolument pas que les femmes soient inférieures aux hommes. Acceptant toute la Bible, il croit aussi à cette autre parole : « D’ailleurs, pour ce qui est du Seigneur, ni la femme n’est sans l’homme, ni l’homme sans la femme. Car de même que la femme vient de l’homme, de même aussi l’homme vient par la femme ; mais toutes choses viennent de Dieu. »[5]

  L’ambiance qui règne lors des cultes jéhovéens semble l’attester. Dans le cadre d’observations participantes dans leurs lieux de culte (Salles du Royaume), on constate que les femmes qui y viennent sont bien habillées, plutôt classique mais pas démodé. Hommes et femmes parlent ensemble sans aucune gêne. Et même si les femmes n’occupent que rarement des postes au sein de la congrégation, des femmes Témoins de Jéhovah prennent cependant des places importantes dans d’autres instances jéhovéennes: la présidence du Cercle Européen des Témoins de Jéhovah Ancien Déportés et internés (CETJAD) est assumée par une femme, Ruth Danner, elle-même ancienne déportée. Elle remplaçait à ce poste une autre femme ancienne déportée Témoin de Jéhovah, Simone Arnold-Liebster.

 

  Ainsi, pour les Témoins de Jéhovah, le principe d’Autorité doit toujours être bien compris et aller dans le sens de l’amour de son prochain.  On parle de l’Autorité théocratique. Il faut prendre ce terme selon son sens étymologique strict (grec theokratia ; de theos, dieu et kratos, pouvoir). La Théocratie, c’est  « le gouvernement où l’autorité, regardée comme émanant de Dieu, est exercée par ses ministres. »[6] 

  Les Témoins de Jéhovah considèrent comme leur l’autorité suprême  Jéhovah Dieu. C’est à lui qu’ils adressent leurs prières et c’est lui qu’ils reconnaissent pour Père et Dieu Tout-Puissant. Puis, Jésus-Christ représente le plus haut degré d’autorité après son Père céleste comme Chef de la congrégation chrétienne. Les anciens dans les congrégations locales sont considérés comme les bergers (ou pasteurs) du « troupeau » de Dieu et ils ne doivent pas commander en maîtres aux « brebis » de Dieu, mais se rappeler qu’ils sont soumis à Jésus Christ et à Jéhovah Dieu[7].

  Leur argument chrétien est celui-ci : Jésus Christ a toujours agi conformément au principe de l’autorité ; il montrait en paroles comme en actes qu’il reconnaissait entièrement l’autorité de son Père. Même après avoir dirigé la terre pendant mille ans, il s’inclinera devant l’autorité universelle de Jéhovah Dieu en lui remettant le Royaume, en se soumettant lui-même « à Celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit toutes choses pour tous. »[8]

 

  Dans leur brochure Les Témoins de Jéhovah en France, sous l’intertitre L’organisation du culte, les membres du consistoire national expliquent succinctement leur ecclésiologie : « L’organisation ecclésiale du culte des Témoins de Jéhovah est calquée sur le modèle de l’Eglise primitive. Comme au premier siècle, les ministres du culte Témoins de Jéhovah ne constituent pas un clergé distinct des laïcs[9] (Evangile selon Matthieu 23 :8-11). Chaque congrégation est placée sous l’autorité spirituelle d’un collège de presbytres ou anciens. Ce sont des ministres du culte qui remplissent les conditions bibliques requises par leurs fonctions. Des diacres ou [assistants] ministériels les assistent. – Première lettre de Paul à Timothée 3 :1-13 ; à Tite 1 :5-9. »



[1] Etude perspicace des Ecritures, WTPE, vol. 1, 1997, pp. 233-234.

[2]  TMN, 1 Corinthiens 11, 3.

[3]  TMN, Genèse chapitre 2, versets 22, 23.

[4]  TMN, 1 Corinthiens, chapitre 11, verset 9 : «  Et qui plus est, l’homme n’a pas été à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme. »

[5]  TMN, 1 Corinthiens, chapitre 11, versets 11, 12.

[6]  Dictionnaire encyclopédique Larousse, Paris, Librairie Larousse, 1978, volume 21, p. 9054. 

[7]  TMN, 1 Pierre 5, 1-4.

[8]  TMN, 1 Corinthiens 15 : 28.

[9]  Revue du Droit public, n°4, 1991, pages 1109 à 1135, note des rédacteurs : « cf : Le statut des ministres du culte en France : le cas des Témoins de Jéhovah. »

Le Collège central

  L'étude que les Témoins de Jéhovah ont fait dans les Ecritures [1] les a amené à croire que, quelle que soit l’époque considérée, les membres de la « maison de Dieu », qui sont oints de l’esprit, composent collectivement « l’esclave fidèle et avisé », « l’intendant » ou « le gérant de la maison ». Individuellement, les membres de la maison de Jéhovah Dieu seraient qualifiés de « domestiques » ou de « groupe de ses gens ».[2]

 

  Ils croient donc que le Christ délègue une certaine autorité aux membres de la maison de Dieu[3].  Pour eux, un Collège central représentant les biens de salut du Maître fonctionnait déjà au premier siècle. Ce Collège central qui se trouvait à Jérusalem était composé des Apôtres et de certains autres Anciens. Collectivement, ces chrétiens oints de l’esprit (choisis spécialement par Dieu par le moyen de sa force agissante ou esprit saint) constituaient l’intendant, ou gérant, du maître, chargé de dispenser en temps voulu la nourriture spirituelle à chaque membre de la maison de Dieu.

 

  Les membres du Collège central d’alors furent inspirés par Dieu pour écrire 5 récits historiques, 21 lettres et le livre de la Révélation ou Apocalypse, au profit de leurs frères chrétiens. Ces écrits inspirés contiendraient une nourriture spirituelle de qualité destinée aux domestiques, c’est-à-dire à chaque chrétien oint, membre de la maison de Dieu.

 

  Ainsi, pour eux, collectivement, tous les chrétiens oints forment la maison de Dieu. Mais, ils estiment que de nombreuses preuves attestent que Christ a choisi parmi les membres de ce qu’ils appellent  la classe de l’esclave un petit nombre d’hommes pour former un collège central visible.

 

Le collège central au premier siècle

 

  Le tout premier Collège central aurait été constitué exclusivement, dès les débuts de la congrégation chrétienne, par les 12 apôtres, dont l’apôtre Matthias, remplaçant le félon Judas Iscariote. Cette « fonction de surveillance » donnait entre autres aux apôtres la responsabilité de nommer des hommes compétents à certaines fonctions et d’organiser le ministère. Mais elle impliquait davantage. Il leur fallait aussi enseigner et clarifier des points de doctrine.

 

  Conformément à la promesse de Jésus rapportée dans l’évangile selon Jean (16:13), « l’esprit de vérité » allait guider la congrégation chrétienne et l’introduire progressivement dans toute la vérité. Dès le départ, ceux qui acceptaient la parole puis devenaient des chrétiens baptisés et oints étaient assidus à « l’enseignement des apôtres ». Au plus tard en 49, le collège central se serait élargi : il aurait compté non seulement les apôtres qui vivaient encore, mais aussi un certain nombre d’autres anciens de Jérusalem[4].

 

  Par conséquent, la composition du collège central n’est pas fixée d’une manière rigide; Dieu dirige les événements de façon à l’adapter à la situation de son peuple. Christ, le Chef actif de la congrégation, utilise ce collège central élargi pour trancher une importante question doctrinale : il s’agit de dire si les chrétiens non Juifs doivent ou non se faire circoncire et se soumettre à la Loi de Moïse. Le collège central écrit une lettre expliquant sa décision et  promulgue des décrets afin qu’elle soit respectée[5]. 

 

  La Réforme ne manque pas de redécouvrir cette notion d’organisation ecclésiale. « Les Ordonnances ecclésiastiques, ratifiées dès 1541, permettent au Consistoire, formé des pasteurs et de 12 anciens, d’imposer une discipline assez stricte (…). C’est dans ce contexte (…) qu’en 1533 Michel Servet, dénoncé par Calvin, est condamné à mort par le Conseil et brûlé vif pour avoir nié le dogme de la Trinité. »[6] 

 

Le collège central aujourd’hui

 

  A l’époque moderne, le collège central devait continuer d’exister. Les Témoins de Jéhovah pensent que les membres du clergé des Eglises de la chrétienté se sont disqualifiés pour cette fonction pour s’être mêlés de politique, avoir été l’instrument consentant du colonialisme et avoir encouragé le nationalisme et le patriotisme en soutenant activement les gouvernements engagés dans la Première Guerre mondiale. Le modernisme a affaibli leur foi. Nombre d’ecclésiastiques sont devenus des proies faciles pour la haute critique et l’évolution.

  Ils classent dans la même catégorie ceux d’entre eux qui ont fait défection comme des chrétiens qui se sont révélés « paresseux », indignes de prendre soin des biens de salut du Maître.

  Pour les Témoins de Jéhovah, Jésus Christ  a trouvé, au début du XXe siècle, un groupe en train de donner à ses gens leur ration de vivres en temps voulu. Ce groupe fait connaître la bonne compréhension au sujet du sacrifice rédempteur de Jésus, du nom divin, de l’invisibilité de la présence du Christ et de l’importance de 1914. Il dévoile la fausseté de la Trinité, de l’immortalité de l’âme humaine et du feu de l’enfer. Il met en garde les humains contre la théorie de l’évolution et le spiritisme. Ce groupe, ce sont les chrétiens oints associés aux éditeurs du périodique La Tour de Garde de Sion et Messager de la présence de Christ, aujourd’hui intitulé La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah.

  « En 1878, quarante ans avant 1918, année où le Seigneur vint au temple, il y avait une classe de chrétiens sincères et consacrés qui s’étaient détachés des organisations hiérarchiques et cléricales et cherchaient à exercer le christianisme (...). L’année suivante, en juillet 1879, parut (...) le périodique La Tour de Garde afin que les vérités que Dieu a prévues par Christ comme nourriture en temps utile parviennent régulièrement à tous les enfants de Dieu vraiment consacrés. »[7]

  Les Témoins de Jéhovah expliquent ensuite comment le collège central actuel est venu à l’existence : « Cinq années plus tard [en 1884], la Zion’s Watch Tower Tract Society fut déclarée juridiquement et servit d’‘instrument’ pour donner la nourriture spirituelle aux milliers de personnes sincères qui cherchaient à connaître Dieu, [et] à comprendre sa Parole (...). Des chrétiens oints, voués et baptisés, se sont joints à cette Société, à son siège en Pennsylvanie. Qu’ils aient été membres du comité directeur ou non, ils se sont offerts pour effectuer l’œuvre spéciale de la classe de l’‘esclave fidèle et avisé’. Ils ont apporté leur aide pour nourrir et diriger la classe de l’esclave, et ainsi un collège central a fait son apparition. Cela s’est fait sans doute sous la direction de la force active et invisible de Jéhovah, son esprit saint, et de Jésus-Christ, (...) le Chef de la congrégation chrétienne. »[8]

 

  Pour les Témoins de Jéhovah, le collège central occupe d’une certaine façon les fonctions que remplissait à son époque le collège apostolique. Alfred Kuen note : « Le collège des anciens a eu pour prototype le collège des apôtres ; il n’a surgi que lorsqu’il a fallu se préparer à prendre à Jérusalem leur succession et assumer dans les Eglises nées de la mission la charge qu’ils avaient exercée dans l’Eglise-mère »(H. d’Espine, 44, p. 31). » [9]

  Les Témoins de Jéhovah alignent leurs collèges d’anciens dans leurs assemblées locales sur le modèle qu’ils reconnaissent, leur collège central. Le lien entre les collèges d’anciens des congrégations locales et le Collège central composé d’une dizaine de membres est assuré par les Béthels et par des ministres du culte itinérants (« surveillants de district ») au plan national,  et  des « surveillants de circonscription » au plan régional.

  Tous ces ministres sont des volontaires bénévoles qui sont couverts par un régime de sécurité sociale et qui sont remboursés de leur frais de transport et d’entretien. Ils reçoivent aussi un petit pécule. Ils sont souvent mariés et, dans ce cas, sont accompagnés de leurs femmes.

 


[1]  "L'esclave fidèle" et son Collège central, La Tour de Garde, 15 mars 1990, pp. 10-14.

[2]  TMN, Matthieu 24, 45; Luc 12, 42, édition avec notes et références, note en bas de page.

[3] TMN, Matthieu 24, 45-47: « Quel est vraiment l’esclave fidèle et avisé que son maître a établi sur ses domestiques, pour leur donner leur nourriture en temps voulu? Heureux cet esclave, si son maître, en arrivant, le trouve faisant ainsi! En vérité je vous le dis: Il l’établira sur tout son avoir. »

[4]  TMN, Actes 15, 2.

[5]  TMN, Actes 15, 23-29.

[6]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF, 1987, p. 27.

[7]  La Tour de Garde, 15 janvier 1946.

[8]  La Tour de Garde, 15 mars 1972.

[9]  A. Kuen, Ministères dans l’Eglise, Cahiers, série Ekklésia, St-Léger, Suisse, cahiers Emmaüs, Editions Emmaüs, 1983, p. 98.

 

Le collège local des anciens

  Alfred Kuen explique en détail le fonctionnement de l’Eglise des premiers temps. Sous l’intertitre Gouvernement collégial de l’Eglise[1], il rappelle les faits : « « Le christianisme est né dans le contexte juif où, contrairement au monde romain ou grec, le gouvernement était organisé selon le modèle oligarchique plutôt que monarchique. Le sanhédrin était dirigé par un conseil d’anciens. La responsabilité collégiale était le modèle dominant de l’Eglise primitive » (Neil Summerton, 80, p. 34). (…) Au niveau de l’Eglise locale, le retour aux sources s’est arrêté au IIe siècle : le pasteur joue le même rôle que l’évêque du temps d’Ignace, le conseil presbytéral ressemble dans le meilleur des cas au collège des anciens de son temps. Seules les Assemblées de frères ont osé rétablir la collégialité des conducteurs de l’Eglise – et même là, l’égalité entre les anciens est souvent plus théorique que pratique. (Ne parle-t-on pas de « l’assemblée de M. Untel » comme on dit «  la paroisse du pasteur X » ?) » 

 

  A ce sujet, Jean Baubérot commente le modèle protestant : « Tel est le sens, chez Calvin, de la « doctrine des ministères » (au nombre de quatre : pasteur, docteur, ancien, diacre). Toute hiérarchisation n’est donc pas abolie. Mais l’autorité provient de la fonction et non d’une différence de sacralité entre clercs et laïques. »[2]

 

  Les congrégations locales des Témoins de Jéhovah sont effectivement dirigées par un collège d’anciens. Il s’agit d’hommes qui, pour la plupart, sont Témoins de Jéhovah depuis longtemps, certains ont même été élevés dans cette foi par leurs parents. Le collège des anciens se réunit ordinairement une fois par trimestre pour discuter de la bonne marche de l’assemblée locale. Chaque ancien possède une voix. Les décisions sont prises le plus souvent à l’unanimité des présents et après s’être reporté à la Bible et aux recommandations du Collège central sur le sujet traité. L’ordre du jour est fixé par le coordinateur du collège des anciens après consultation de chacun des membres du collège. La notion de président permanent du collège des anciens a été supprimée au cours de l’année 2008.[3]

 

  Les Témoins de Jéhovah ont eu ainsi le mérite d’ « oser rétablir la collégialité des conducteurs de l’Eglise ». C’est un point important qui d’ailleurs est souligné par Alfred Kuen : « C’est à propos de la forme des ministères qu’Alexandre Vinet lança, au siècle dernier, son appel à rompre avec la ligne embrayée depuis le second siècle. « A la réformation, dit-il, on ne systématisa pas, on se sentait vivre, et la méthode et la forme furent laissées. Plus tard vint un moment de repos : le clergé forma dans certains lieux un ordre. Aujourd’hui, il nous faut opter ; le catholicisme nous presse ; nous devons être franchement protestants. Nous avons gardé beaucoup de lambeaux catholiques ; maintenant il nous faut décidément nous habiller à neuf (42, p.32). » « Dans la conclusion de son étude sur « les Anciens, conducteurs de l’Eglise », H. d’Espine affirme : « Nous n’hésitons pas à dire que la restauration du pastorat collectif, exercé par un véritable collège d’anciens, est une des premières conditions du renouveau spirituel dont nos Eglises ont besoin et qu’elle constitue, par conséquent, une des tâches les plus urgentes » (44, p.51-52). »[4]

 

  Ainsi, le mode d’organisation ecclésiale des Témoins de Jéhovah,  la restauration « d’un pastorat collectif exercé par un véritable collège d’anciens » peut expliquer, au moins en partie, la vitalité de leurs congrégations.



[1]  A. Kuen, Ministères dans l’Eglise, Cahiers, série Ekklésia, St-Léger, Suisse, cahiers Emmaüs, Editions Emmaüs, 1983, p. 96, 99.

[2]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF, 1987, pp. 12, 13.

[3] En effet, du fait du caractère permanent de la fonction de présidence du collège presbytéral, on pouvait objecter, pour suivre la remarque d’Alfred Kuen, que « même là, l’égalité entre les anciens est souvent plus théorique que pratique. (Ne parle-t-on pas de « l’assemblée de M. Untel » comme on dit «  la paroisse du pasteur X » ?) » Aussi, les Témoins de Jéhovah ont-ils adopté une attitude conséquente et cohérente sur ce sujet.

[4]  A. Kuen, Ministères dans l’Eglise, Cahiers, série Ekklésia, St-Léger, Suisse, cahiers Emmaüs, Editions Emmaüs, 1983, pp. 99-100.

Les anciens

  Dans chaque congrégation, il y a donc des anciens, que les Témoins de Jéhovah appellent aussi surveillants. Pourquoi ce terme ? Les Témoins de Jéhovah l’expliquent ainsi : « Au nombre des premières déviations, il y a eu la distinction entre les termes “surveillant” (gr. épiskopos) et “ancien” (gr. présbutéros), qui ont cessé d’être interchangeables, ne désignant plus la même fonction ou responsabilité. À peine une dizaine d’années après la mort de l’apôtre Jean, Ignace, “évêque” d’Antioche, a écrit dans une lettre aux Smyrniotes: “Suivez tous l’évêque [le surveillant], comme Jésus Christ suit son Père, et le presbytérium [le collège d’anciens] comme les apôtres.” »[1] 

  Ainsi sont jetées les bases d’un clergé qui s’impose peu à peu. Environ un siècle plus tard, Cyprien, évêque de Carthage, en Afrique du Nord, est un énergique défenseur de l’autorité des évêques. Selon lui, ils doivent être un groupe à part des presbytres (du grec présbutéros, qui donne presbytre, puis par élision prestre, et enfin prêtres), des diacres et des laïcs. Par contre, Cyprien n’est pas pour la primauté d’un évêque sur les autres. À mesure que les évêques et les presbytres gravissent l’échelle hiérarchique, ils laissent au dessous d’eux le reste des croyants de la congrégation, ce qui a pour résultat la séparation entre le clergé (ceux qui sont à la tête) et les laïcs (l’ensemble passif des croyants).

  Les Témoins de Jéhovah citent une explication de la Cyclopedia de McClintock et Strong: « À partir de Cyprien [qui mourut vers 258], le père du système hiérarchique, la distinction entre clergé et laïcs prit de l’importance et, très vite, fut universellement admise. Pour preuve, à partir du IIIe siècle, le terme clerus (...) fut presque exclusivement appliqué au ministère pour le distinguer de la laïcité. À mesure que se formait la hiérarchie [catholique] romaine, le clergé ne devint pas seulement un ordre distinct, (...) mais il finit aussi par être reconnu comme l’unique prêtrise. »

  Leur conclusion : en quelque 150 ans à compter de la mort du dernier apôtre (Saint Jean), deux profonds changements modifient l’organisation de la congrégation (de l’Eglise) ; 1) d’abord, la séparation entre l’évêque et les presbytres, l’évêque occupant le sommet de l’échelle hiérarchique; 2) ensuite, la séparation entre le clergé et les laïcs.

  Ce point de vue est largement corroboré par Alfred Kuen. Cet auteur et traducteur de la Bible explique que, sous la nouvelle alliance du Christ, il n’y a plus de distinction entre sacré et profane, entre officiants et simples membres de l’Eglise, entre clergé et laïcs. Il parle plutôt du sacerdoce universel des croyants, idée chère aux Protestants.[2] En ce qui concerne l’équivalence et le sens des mots ancien (‘prêtre’) et surveillant (‘évêque’), Alfred Kuen confirme : « Le mot épiskopos (qui a donné par francisation le mot évêque) vient du monde grec. (…) Dans la septante, il a le sens de surveillant. (…) On peut conclure de l’usage de ces termes qu’il n’existait pas de stéréotypie dans les Eglises primitives, mais bien une fonction de direction reconnue par tous qui prenait selon les endroits, les besoins et les moments, des noms divers. Le terme ‘ancien’ souligne la dignité de l’office (comme au temps d’Israël), ‘évêque’ en souligne la fonction (= surveillant), ‘pasteur’ (berger) décrit le travail accompli à l’égard des brebis, ‘conducteur’ (Héb. 13 : 7, 17, 24) décrit la position du guide qui indique la direction par son exemple, son influence ou son conseil. »[3]

  Terminant son raisonnement, Alfred Kuen confirme encore la compréhension des Témoins de Jéhovah à propos des ministères dans l’Eglise (la congrégation) : « Au IIe et au IIIe siècle, on distinguait les deux termes, mais « au IVe et au Ve siècle, dit Lightfoot, dans tous les commentaires grecs ou latins leur identité primitive est affirmée. (…) Au IVe siècle, Jérôme, le traducteur de la Bible en latin dit clairement que la distinction entre anciens et évêques provient d’une coutume de l’Eglise mais non d’un commandement du Seigneur ou d’une institution des apôtres. (…) En fait, le ministère résulte davantage d’une dégénérescence du ministère d’apôtre (abandon de l’itinérance, fonctionnarisation) que d’une évolution du presbytérat (…). » 

  Ainsi, la conclusion est celle-ci : ancien, évêque et pasteur désignent fondamentalement la même personne sous des aspects différents. « Calvin a bien reconnu l’équivalence de la plupart de ces termes : « Si j’ai nommé indifféremment ceux qui ont le gouvernement de l’Eglise évêques, prêtres, pasteurs et ministres, je l’ai fait suivant l’usage de l’Ecriture qui prend tous ces mots pour une même chose. » »

 

  La position des Anciens des Témoins de Jéhovah rappelle clairement leur protestantisme : « [Avec le protestantisme], une nouvelle figure sociale émerge : le pasteur. En partie fonctionnarisé, inséré dans un système relativement pyramidal où il se trouve surveillé par des surintendants et un consistoire central, il peut faire preuve d’un certain conformisme. Mais il a aussi un rôle autonome. Et s’il ne saurait prétendre être un personnage sacré comme le prêtre – il se marie, il a une vie familiale -, il possède un incontestable prestige socio-culturel. Son activité principale est la prédication en langue vernaculaire. On a tendance à le juger sur son contenu et aussi sur l’aspect exemplaire de sa vie de famille. Il va donc être porteur de nouvelles valeurs : l’autorité paternelle, l’amour conjugal, l’affection portée aux enfants. La « famille chrétienne » devient un idéal. »[4] 

  Les anciens (pasteurs jéhovéens) organisent les choses selon le contexte de leur propre congrégation (Eglise locale), au sein du collège presbytéral local, sous la supervision du collège central, relayé par les surveillants itinérants envoyés par le Béthel ou réside le consistoire national. Ils dirigent l’enseignement dans la congrégation[5]. « Le premier synode des Eglises réformées a lieu à Paris, en 1559, un peu à l’insu des Genevois. (…) Le synode adopte une confession de foi qui sera définitivement établie en 1571 au synode de La Rochelle. La Confession de La Rochelle veut montrer le caractère chrétien (…) et protestant (…) des Eglises réformées. On élabore également une Discipline que les anciens devront faire respecter dans chaque communauté. (…) Le régime ecclésiastique est presbytéro-synodal : au niveau de l’Eglise locale le pouvoir appartient au collège des anciens (presbytres) et au pasteur. Les synodes permettent une coordination, une mise en commun entre les différentes Eglises réformées. (…) Le synode n’a plus d’existence dès que ses séances sont achevées et aucun conseil ne se réunit à un niveau régional ou national entre deux synodes. »[6]  

  Les anciens sont aidés par des assistants ministériels (ou diacres).[7] Ces hommes ne sont pas considérés comme supérieurs aux autres membres de la congrégation. Ils ne portent pas non plus de titre particulier. Dans le cadre des observations participantes effectuées dans leurs Salles du Royaume, on n’entend jamais quelqu’un appeler un ancien par un titre quelconque. Tous s’appellent par leur prénom avant et après le culte. Pendant le culte, les participants utilisent la même expression pour tout le monde « frère untel » ou « sœur unetelle ». Les anciens ne s’habillent pas d’une manière spéciale, pas non plus de costume de clergyman. Ils ne sont pas non plus payés pour ce qu’ils font. Ce sont tous des bénévoles. Les anciens s’occupent gratuitement des besoins spirituels de la congrégation. (Il n’y a, à ce jour, aucun ministère pastoral professionnel dans les congrégations des Témoins de Jéhovah[8].)

 

  En plus de la direction de l’enseignement dans le cadre des cultes, ils remplissent une fonction de pasteur en apportant réconfort et conseils à ceux qui en ont besoin. Ils semblent que les anciens soient très respectés dans les congrégations des Témoins de Jéhovah. On voit en eux des exemples de vie chrétienne à suivre surtout qu’ils sont en grande majorité mariés et pour la plupart ont des enfants.

 

  Leur ministère est résumé ainsi et on notera avec intérêt la référence à l’œuvre pastorale de Charles Russell, leur fondateur : « Jésus a donné à la congrégation “ des dons en hommes ”, certains en qualité de “ pasteurs ” (ou bergers) qui traitent le troupeau de Jéhovah avec tendresse (Éphésiens 4:8, 11 ; Jérusalem). Charles Russell, le premier président de la Société Watch Tower, fut l’un de ces hommes. L’amour et la compassion avec lesquels il faisait paître le troupeau sous la direction du Berger en chef Jésus Christ lui ont valu d’être appelé le pasteur Russell. Aujourd’hui, les anciens de la congrégation chrétienne sont établis par le Collège central des Témoins de Jéhovah, et l’on veille à ne pas utiliser des termes comme “ pasteur ”, “ ancien ” ou “ enseignant ” en manière de titres (Matthieu 23:8-12). Il n’en demeure pas moins que les anciens effectuent une activité pastorale, une tâche de berger, pour le bien des brebis du pâturage de Jéhovah. »[9]

  Comment sont-ils qualifiés ? Les Témoins de Jéhovah sont les Etudiants de la Bible. C’est un point qu’il ne faut pas oublier pour bien comprendre leur mouvement. Pour eux, la qualification des anciens vient par l’acquisition et la mise en pratique de connaissances bibliques. « Un ancien qui n’a pas eu de formation intellectuelle peut aisément la compenser aujourd’hui par la lecture. Lecture et étude de la Bible d’abord, pour en acquérir une connaissance approfondie, mais aussi d’autres livres propres à améliorer la connaissance de la parole et du cœur humain. (…) »[10]

 

  Comment sont-ils nommés ? Ce sont les anciens déjà en place qui recommandent de nouveaux frères à cette fonction. Ceux-là ont d’abord servi comme assistants ministériels (diacres) et ont montré leur aptitude à diriger et à enseigner.



[1]  Les Témoins de Jéhovah, prédicateurs du Royaume de Dieu, WTPE, 1993, pp. 35-36. 

[2] A. Kuen, Ministères dans l’Eglise, chapitre 3 : Les ministères sous l’ancienne et sous la nouvelle alliance, St-Léger, Suisse, Emmaüs, 1983, p. 36-52.

[3]  idem, chapitre 7 : Les Anciens, p.90-100.

[4]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF, 1987, p.19.

[5]  TMN, 1 Timothée 3, 1-7 ; 5, 17.

[6]  J. Baubérot, Histoire du protestantisme, Paris, PUF, 1987, pp.30, 31.

[7]  TMN, 1 Timothée 3, 8-10, 12, 13.

[8] A. Kuen, Ministères dans l’Eglise, chapitre 11 : Formes et modalités du ministère pastoral, Avantages d’un ministère pastoral non professionnel, St-Léger, Suisse, Emmaüs, 1983, pp. 136-139.

[9]  Des anciens qui font paître le troupeau de bon gré, La Tour de Garde, 15 janvier 1996, pp. 15-16.

[10] A. Kuen, Ministères dans l’Eglise, chapitre 8 : Qualifications des Anciens, St-Léger, Suisse, Emmaüs, 1983, pp. 101-109.

Les diacres ou assistants ministériels

  Les anciens se réunissent en collège en moyenne une fois par trimestre. L’ordre du jour inclut aussi la discussion sur d’éventuelles propositions de frères assistants ministériels au pastorat. « Là où il y a déjà des anciens dans une Eglise [une congrégation], il est important qu’ils portent spirituellement (cf ; Actes 13 : 2) et contrôlent toute nomination de diacres ou d’anciens, mais aussi qu’ils se laissent guider – et peut-être corriger -  par ce que l’Esprit dit au travers des autres membres de l’Eglise. »[1]

 

 Il semble que c’est bien ce que font les anciens dans les congrégations des Témoins de Jéhovah. Ils analysent les conditions contenues dans les Ecritures[2], la vie chrétienne de l’assistant ministériel pressenti comme ancien, la façon dont les membres de la congrégation le perçoivent. « Les qualités dominantes requises sont une vie exemplaire, une sollicitude ardente pour le peuple de Dieu, la disponibilité et la compétence pour lui fournir la nourriture spirituelle dont il a besoin, une patience sans limite, la sympathie et, par dessus tout, l’amour. »[3]

 

  Les anciens s’entretiennent avec l’assistant ministériel recommandé comme ancien pour savoir s’il est d’accord avec cette proposition. La nomination devient définitive dès qu’elle est enregistrée par le consistoire national. Mais, tous les assistants ministériels ne sont pas forcément appelés à devenir ancien. Tandis que les anciens ont des responsabilités plus lourdes, d’ordre spirituel, d’autres sont utilisés pour s’occuper de tâches courantes mais importantes pour le bon fonctionnement de la congrégation.

 

  Là encore, les Témoins de Jéhovah justifient leur mode d’organisation des ministères par la Bible. « Les Écritures fixent des critères élevés tant pour les anciens que pour les assistants ministériels (1 Timothée 3:1-10, 12, 13; Tite 1:6-9). Ils ne sont pas en compétition, mais travaillent avec un objectif commun: l’édification de la congrégation (voir Éphésiens 4:11-13). Néanmoins, les tâches qu’ils accomplissent dans la congrégation sont quelque peu différentes. En 1 Pierre 5:2, il est demandé aux surveillants: “Faites paître le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais de bon gré; non par amour du gain déshonnête, mais avec empressement.” Ils rendent compte à Dieu pour la manière dont ils s’acquittent de leur service sacré. — Hébreux 13:17. »[4] 

  Alfred Kuen confirme : «On peut dire que tous les diacres qui s’acquittent bien de leurs fonctions ne sont pas nécessairement « promus » au rang d’anciens car, dans l’Eglise, on ne voit pas les choses selon l’optique du monde et on tient compte davantage des dons et des vocations  que des « droits à la promotion ». Les diacres ne sont pas des anciens au rabais, ils ont leur ministère propre, différent de celui des anciens. »[5]

 

  Leurs obligations diffèrent un peu de celles des anciens. Les Témoins de Jéhovah supposent qu’au 1er siècle, il fallait sans doute s’occuper de nombreuses tâches d’ordre matériel, courantes et répétitives, comme peut-être l’achat de fournitures pour recopier les Écritures, ou même le travail de copie en lui-même. De nos jours, les assistants ministériels devraient effectuer diverses tâches importantes dans la congrégation, par exemple la gestion de la trésorerie, l’organisation de l’évangélisation, la distribution des magazines religieux ou des ouvrages bibliques ou encore l’entretien du lieu de culte, la Salle du Royaume.

 

  Il est possible qu’en raison de leurs aptitudes certains assistants ministériels soient utilisés pour l’enseignement, parfois pour diriger un groupe d’étude de quartier (une étude de livre), présider une partie de la réunion de formation à l’évangélisation (réunion de service) ou prononcer un discours biblique lors du culte dominical.

 

  Les Témoins de Jéhovah considèrent les anciens et les assistants ministériels comme des ministres de Dieu au même titre. Ils respectent leurs assistants  ministériels et les observations participantes effectuées le montrent.  Deux réunions par an sont prévues entre eux et le collège des anciens de manière à favoriser une collaboration harmonieuse. Il est conseillé aux anciens de ne pas confier ou retirer les tâches de manière arbitraire ou irréfléchie. Les anciens sont invités à discuter entre eux et à prier Dieu ensemble pour déterminer comment utiliser au mieux dans la congrégation les capacités d’un frère.

 

  Lorsqu’un frère est désigné pour une tâche particulière, les anciens doivent lui expliquer en détail ce que l’on attend de lui. Ils doivent aussi prendre l’initiative de le former, en le familiarisant avec les méthodes de travail établies pour les congrégations et en se montrant eux-mêmes des exemples pour ce qui est de respecter ces méthodes. Si ce n’est pas une nécessité, un ancien doit veiller à ne pas dicter ses décisions dans des domaines confiés à un assistant ministériel. Les assistants ministériels sont nommés pour servir dans la congrégation de la même manière que le sont les anciens. Les conditions requises des diacres dans la Bible sont examinées en rapport avec le frère pressenti[6]On demande que ces personnes soient humbles et modestes, qu’elles soient capables de travailler tranquillement dans l’ombre et de mettre leurs capacités au service des anciens.

 

  En résumé, les anciens ne considèrent pas les assistants ministériels comme des subordonnés, mais comme des ministres de Dieu au même titre qu’eux. Là encore, le calme et l’ordre qui règnent lors des cultes jéhovéens semblent attester que ce système d’organisation fonctionne bien.


[1] A. Kuen, Ministères dans l’Eglise, chapitre 10 : L’institution et la formation des Anciens, St-Léger, Suisse, Emmaüs, 1983, pp. 118-129.

[2] TMN, 1 Timothée 3, 1-10 ; Tite 1 : 5-9.

[3] A. Kuen, Ministères dans l’Eglise, chapitre 10 : L’institution et la formation des Anciens, St-Léger, Suisse, Emmaüs, 1983, p. 124.

[4]  La Tour de Garde, 15 août 1994, pp. 26-29.

[5]  A. Kuen,  Ministères dans l’Eglise, chapitre 6 : Les diacres, St-Léger, Suisse, Emmaüs, 1983, pp. 76-89.

[6]  TMN, 1 Timothée 3, 8-13.

Tableau de correspondance des termes utilisés

  Le tableau ci-dessous permet de mieux comprendre la correspondance du mode d’organisation des Témoins de Jéhovah avec celui des autres groupes religieux chrétiens.

 

La correspondance des termes utilisés dans l’ecclésiologie

des Témoins de Jéhovah

 

    étymologie grecque     correspondance francisée      correspondance 

              ecclésia                         église                        congrégation

           presbutéros                   presbytre                         ancien

            épiskopos                       évêque                        surveillant

             diakonos                         diacre                  assistant ministériel